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à six ans.,. C'est une expérience incontestable : nous autres prédicateurs, nous sommes maintenant plus paresseux, plus nonchalants que nous ne Tétions jadis dans les ténèbres de Tignorance papiste. Plus nous sommes sûrs de la liberté acquise par le Christ, plus nous sommes tièdes et paresseux à pratiquer renseignement et la prière, à faire le bien, à supporter avec patience les injustices, etc.. Hélas! j'ai cru tout co que disaient les papes et les moines ; à présent, je ne puis plus croire ce que dit Jésus-Christ, qui pourtant ne ment point, C'est chose bien lamentable et bien triste *, »
Singulière Héforme que celle qui arrachait à son auteur de pareils aveux ! En tout cas, ce tableau, peint par Luther, fait pendant à celui que TertuUien traçait des sectes du deuxième siècle; et l'on peut appliquer de part et d'autre le principe qu'établissait le prêtre de Carthage : Doctrinœ index disciplina est. Par cet examen du protestantisme placé en regard du traité des Prescriptions, je me proposais de montrer que l'Église primitive avait condamné d'avance les novateurs du seizième siècle; et j'ose espérer, Messieurs, que votre attente n'a pas
1. Œuvres de Luther, édit. Walcli.. vu, 2331. — Édit. de Wittemberg, t. II, p. 281, 387. — In Pastilla, sup. 1, Dow. Advent. I In Serm. Conviv. German., f. o3. In Epistolam i»"^ ad Cor., c. xv. — Édit. Walch., xx, 132. — Propos de table, publiés par Foerstemann, II, 42. — Comment, sur l'Ép. aux Galates, ii, 351. — Édit. Walch., xxii, 202. — Tout le monde connaît le mot de Jlélanchthon : « Non, l'Elbe avec tous ses flots ne donnerait pas assez d'eau pour pleurer la réforme divisée. On a des doutes sur les questions les plus importantes, le mal est incurable. ^^Ep., lib. lY, 100. — Calvin s'exprimait encore plus vivement sur les conséquences morales de la Réforme : « Les pasteurs, oui, les pasteurs eux-mêmes, qui montent en chaire, sont aujourd'liui les plus honteux exemples de la pervei-sité et de tous les vices. De là vient que leurs sermons n'obtiennent ni plus de crédit ni plus d'autorité que des fables débitées sur la scène par un histrion... Je m'étonne que les femmes et les enfants n'a les couvrent pas de boue et d'ordure. » (Cahin, livre sur ies Scando/es, p. 128.)
ET LE PROTESÏAiNTISME. 339
été trompée, FauL-il s'étonner, après cela, que les fractions protestantes en soient venues à ce degré de dissolution intérieure auquel nous les avons vues arriver; qu'elles aient multiplié depuis trois siècles les variations et les contradictions sans pouvoir s'arrêter à rien de fixe ni de constant, et qu'enfin elles aient descendu si rapidement la pente fatale qui les entraînait vers le rationalisme? Que nos frères séparés me permettent de le leur dire, la position qu'ils ont choisie est la plus fausse de toutes; aussi n'ont-ils réussi à s'y maintenir qu'en faisant violence aux règles les plus élémentaires du bon sens et de la logique. Je comprends jusqu'à un certain point que Ton puisse contester Texistence d'une révélation surnaturelle, malgré les preuves éclatantes qui l'établissent ; la révélation chrétienne est un don purement gratuit, qui dépendait de la libre volonté de Dieu, et que l'on ne saurait, par conséquent, envisager comme une condition essentielle de la nature humaine. Mais admettre l'existence d'une révélalion surnaturelle, et donner à chacun le droit de la juger, voilà qui révolte le sens commun. Gomment ! vous recon* naissez que Dieu est venu au secours de la raison humaine, de son ignorance et de sa faiblesse, en lui révélant certaines vérités ; et vous voudriez que cette raison, ignorante et faible, s'érigeât en lumière supérieure qui doit dissiper ses ténèbres ! Cela est insoutenable *. Il ne vous sert de rien d'affirmer que la révélation vous arrive par le canal de l'Écriture sainte; car c'est toujours votre raison individuelle qui, en définitive, prononce sur le sens de l'Écriture sainte. La Bible est infaillible! (|ui en doute? Mais vous qui la lisez, vous ne l'êtes pas.
i. V(jyez, sur ce point, les aveux des écrivains protestants dans les Pères apostoliqueê et leur époque, leçon xvn, p. 380 et suTv.
3iO I. K TRMTK DKS l'R KSCIU PT I ().\ S HT LE l'It OTE STAM ISM i-:,
Vous confondez deux cliosts partaiteincnt distinctes, la Bible, qui ne se trompe pas. cl son lecteur, cpii peut toujours se tromper. Vous n'êtes pas plus heureux en vous retranchant derrière l'inspiration intérieure de l'Esprit-Saint : car c'est encore votre raison individuelle qui discerne cette inspiration. (|iii en juge le sens, le caractère et la portée : sans compter (|iie cette hypothèse d'une inspiration particulière est la moins admissible de toutes, parce (ju'il s'ensuivrait que le Saint-Esprit tient aux mille sectes protestantes mille langages contradictoires. Donc, de deux, choses l'une, ou rejetez la révélation divine, ou admette/, (pie iJieu a dû la mettre à l'abri des fantaisies de chacun, en constituant au milieu des hommes une autorité vivante qui, assistée de l'Esprit-Saint, pût être à jamais, non pas le juge, mais le témoin lidèle, la gardienne et le dépositaire, l'organe et l'interprète infaillible de la parole de Dieu, écrite ou non écrite. Voilà qui est seul logique dans l'hypothèse d'une révélation surnaturelle et positive. C'est pounjuoi le travail critique qui s'accomplit dans le monde moderne tend de plus en plus à enlever tout reste de force à ces systèmes incohérents et mal assortis qu'avait imaginés la prétendue Réforme, pour renfermer la question dans les termes où elle doit se poser, entre le rationalisme antichrétien et le christianisme catholique.
TRENTIEME LEÇON
Mi'tlinilf auHlvtique suivie par Teiiullien dans le resle île sp> oiivrafies contre les hérésies. — Importance de ses écrits pour l'iiistoire des dogmes. — TertuUieu expose successivement tous les points de la doctrine catholique à l'occasion des sectes dont il combat les erreurs. — Sou gran<l ouvrage contre Marcion. — Qualités et défauts de sa polémique. — L'idée de Dieu défendue contre le dualisme de Marcion et le panthéisme de Valentin. — Sources de la cojuiaissanc" de Dieu. — Conciliation des attributs divins. — Exposition satirique de la théorie valentinienne des Éons.
Messieurs,
Deii\ iiiéthodes, avoiis-uous dit, s'offraient à l'éloquence sacrée dans la réfutation des hérésies. L'une, plus simple et plus courte, consistait à écarter toute discussion sur un point particulier de la doctrine, pour concentrer le débat dans la question de savoir où se trouve, avec la véritable Église de Jésus-Christ, le dépôt intact de la révélation chrétienne. Cette méthode synthétique, Tertullien l'a employée dans son traité des Prescriptions. A côté de cette première voie, s'en ouvrait une autre, qui, pour être plus longue, n'en menait pas moins au but. Pour la suivre avec succès, il s'agissait d'analyser en détail les systèmes des novateurs, et d'en démontrer la fausseté par l'Écriture sainte, par la tradition et par la raisou théologique. Ce genre de démonstration analytique va se présenter à nous dans les écrits dirigés par le polémiste africain