CONTRE MARCION ET VALENT! N
contre Marcion, ValenLin, Hermogène, Praxéas et les autres liérétiqnes du deuxième siècle. C'est la théologie spéciale succédant au traité de l'Église, comme Ton pénètre dans l'intérieur d'un temple majestueux après avoir franchi le portique qui en précède Tentrée,
Déjà, Messieurs, vous avez pu le reconnaître, Tertullien était né pour les luttes de la pensée : sa rare pénétration d'esprit et son style incisif Py rendaient merveilleusement propre, comme aussi son âme ardente y trouvait un aliment dont elle n'use pas toujours avec sobriété. De là vient qu'il n'est aucun de ses écrits qui ne tourne à la polémique par quelque endroit. C'est vous dire assez qu'il a dû déployer, dans l'analyse critique des sectes et de leurs doctrines, toutes les ressources de son talent. Nul autre sujet ne répondait mieux à ses aptitudes ni à la trempe de son caractère. Il y avait dans les extravagances desgnostiques de quoi enflammer cette éloquence oii le syllogisme, l'invective et le sarcasme se mêlent et se pressent pour accabler l'adversaire. Outre son li)érite littéraire, la dernière partie des œuvres de Tertullien se recommande à nous par son importance dogrnatique. Tout le symbole de la foi s'y trouve exposé et développé à l'occasion des erreurs que les différentes sectes cherchaient à répandre au deuxième et au troisième siècle;
Chose singulière, Messieurs, la plupart de tes traités, si précieux pour l'histoire de la théologie et de l'éloquence, appartiennent à l'époque où Tertullien avait déjà centriste l'Eglise par son acharnement à soutenir des thèses hétérodoxes. On dirait que le vieil athlète voulait effacer, par son . ardeur à combattre les hérésies, le souvenir des dissensions intestines qu'avait provoquées son rigorisme étroit et farouche. Fatigué de ces luttes, où il avait dépensé en pure perte
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tant de verve et d'esfu-it, il se retourne contre l'ennemi commun, et laisse du moins aux catholiques la consolation de penser que les dernières années de sa vie ont été employées à la réfutation des sectes condamnées par l'Église.
Parmi toutes ces sectes, celle de Marcion semble avoir attiré davantage l'attention de Tertullien; et je le comprends sans peine. En analysant le traité de saint Irénée contre les gnostiques, nous avons dépeint la physionomie vraiment originale de cet hérésiarque, esprit exclusif et absolu, qui ne voyait partout qu'antithèses et contradictions, opposant la loi à l'Évangile, le Dieu des juifs au Dieu des chrétiens, la notion de la justice à celle de la bontés C'est à lui que le prêtre de Garthage s'attaque de préférence, comme à l'adversaire le plus redoutable du dogme catholique. Aussi lui a-t-il consacré le plus volumineux de ses ouvrages, celui qui, avec le traité des Prescriptions, fait le mieux ressortir son talent de controversiste. Voilà pourquoi nous allons nous établir dans cette œuvre capitale, comme dans un centre auquel il nous 8era facile de ramener le reste des écrits concernant les hérétiques.
Tertullien nous apprend lui-même quelle a été la fortune de ce livre. A une époque déjà éloignée, il avait composé un opuscule contre Marcion. Cette pièce, rédigée à la hâte, il l'avait refondue pour la compléter. Sur ces entrefaites, un bhrétien, apostat depuis lors, déroba le second manuscrit, qu'il publia encore tout chargé de fautes. Par suite de cette infidélité, l'auteur se vit obligé de refaire le tout sur un plan plus large et plus étendu. Ainsi remanié une troisième fois.
1. SaiiU li'ênée et Véloqueiice chrétienne dans les Gaules, leçons xii
fet XVlll.
241 CONTUE M ARC! ON Kl VAI.I-.NTIN.
roiivi'ajiccsldevciuicc (|ii'il est aujourd'hui'. Daus le piciiiicr livre, TcrluUien rt-t'utc la distinction cliinR-rifiuc (|u"avaiL iniafiinéf Marcion cntiv le Dieu des juifs et le Dieu des chrétiens. Dans le douxiènne, il venjio le Dieu de l'Ancien Testament des accusations f'ornndées par le sectaire. Le troisième est consacré à établir (ju'il n'y a pas d'autre Christ que celui qui avait été prédit par les prophètes et qui est né de la vierge Marie. Le quatrième est une revue des Évangiles destinée à. montrer l'accord du Nouveau Testament avec l'Ancien, (|u'il complète et perfectionne. Le cinquième comprend un travail analogue sur les épitres de saint Paul, dans le but de prouver «pie ce dernier reconnaît la sainteti- de la loi mosaï([ue avec le reste des apôtres, et (pie son Évangile ne ditl'ère en rien du leur". Comme vous le voyez, l'ouvrage contre Marcion est un véritable traité de théologie, une analyse raisonnée de la révélation tout entière, un trésor de science et d'érudition, oii l'éloquence sacrée, la dogmatique et l'exégèse peuvent puiser à pleines mains. Nous n'y toucherons aujourd'hui (jue pour montrer avec quelle précision et quelle netteté TertuUien oppose la vrai idéee de Dieu au dualisme de Marcion et au panthéisme de Valentin
Et d'abord, rien de plusdramati([ue (pie l'entrée en matière. Marcion était originaire de Sinope, dans le Pont. TertuUien s'empare de celte particularité pour établir entre la patrie et lecaractèredel'hérésiarqueunrapprochementdespluscurieux.