Adv. Màrcionem
LIDÉK DE DIEU. 247
Aujourd'hui Marcion, après avoir éteint le flambleau de la foi, perd le Dieu qu'il avait trouvé... Brisant son navire contre k' double écueil du Bosphore, le pilote du Pont imagine deux dieux, l'un qu'il n'a pu nier, le Dieu créateur, qui est le nôtre; l'autre dont il ne démontrera jamais l'existence, c'est-à-dire le sien '. »
J'ai rapporté tout au long ce morceau, parce qu'il n'en est aucun où les défauts de la polémique de TertuUien se montrent plus à découvert. Il y a sans contredit une rare vigueur de pinceau dans la description de la Tauride et dans le portrait de Marcion ; mais» vous en conviendrez avec moi, l'injure y occupe une trop grande place. Quelque idée que l'on doive se faire de l'hérésiarque de Sinope, il ne méritait pas l'amas d'épithètes sous lequel son adversaire cherche à l'accabler. Encofe moins fallait-il s'en prendre au Pont-Euxin, au Bosphore et à ses habitants, qui n'avaient que faire dans le système de Marcion. C'est le malheur de TertuUien de ne pas savoir mettre un frein à son humeur satirique ni aux violences de son caractère. Ainsij par un abus de l'esprit peu digne de lui, il aime à jouer sur ces mots, « le pilote du Pont- Euxin, l'Évangile pontique, l'apostat et l'apostolat » ; il appellera Marcion « Un homme sans cœur ni cervelle », et ses adhérents, « une race impudente et perverse, des chiens qui aboient contre le Dieu de vérité, etc. » Bref, le théologien cède trop souvent le pas au pamphlétaire. Le ton du libelle avait ici d'autant moins d'à-propos que la cause était excellente et que TertuUien la plaide admirablement, quand il quitte le terrain des personnalités pour aborder le côté sérieux de la. question.