‹ TertullienChapitre 137 sur 237 · I.K DOGME DE LA Cl*. E ATI ON. ^J · texte numérisé non relu

I.K DOGME DE LA Cl*. E ATI ON. ^J

écarté de Dieu le reproclie d'être l'auteur du mal. Car eiitiii, si Dieu a tiré de cette matière des choses mauvaises, il en résulte qu'elles sont le fait de sa volonté ; mieux aurait vain les laisser ensevelies dans ce fonds chaotique que de les appeler à une existence formelle et distincte. Donc, dans votre système, Dieu a voulu le mal, puisqu'il le produit avec le secours de la matière. Peu importe d'où il le tire : du moment qu'il le forme et l'organise, il en est responsable; l'objection que vous prétendez éloigner par l'hypothèse d'une rtiatiôrc préexistante reparaît tout entière, et suivie de beaucoup d'autres. En effet, il ne s'agit pas seulement d'expliquer l'origine du mal, mais encore celle du bien. De quelle source faites-vous dériver le bien qui existe dans le monde? De la matière? Mais vous la déclarez essentiellement mauvaise. De la substance de Dieu? Non, car vous repoussez le panthéisme. Reste donc à dire que Dieu a produit le bien par le seul effet de sa puissance et de sa volonté : vous voilà ramené forcément au dogme de la création \ Permettez-moi, Messieurs, de compléter par une citation l'idée que j'ai voulu vous donner de cette argumentation vive et pénétrante, qui fait honneur au prêtre de Garthage. Assurément, le dualisme dans le sens d'Hermogène n'a plus guère d'actualité : l'hypothèse d'une matière coéternelle à Dieu est définitivement bannie de la science incrédule, nous l'espérons du moins; mais c'est pour l'historien de l'éloquence sacrée un beau spectacle de voir avec quelle finesse d'analyse les premiers écrivains du christianisme discutaient des systèmes qui avaient eu cours si longtemps parmi les philosophes de l'antiquité :

« Je dis donc, continue Tertullien, que vous êtes forcé

\. Ado. Heriiiogeïteln, x, xn, xiii, xiv, xv.

•.'78 CONTRh. HERMOGE.NE.

d'alLribuer à Dieu le bien et le mal qu'il a tirés de la matière ; ou à la matière d'où il les a tirés ; soit encore l'un et l'autre k tous les deux ensemble, parce que tous les deux sont mutuellemeiîl solidaires, et celui qui a produit, et celle de qui il a produit ; soit enfin à chacun des deux son domaine distinct ; car de troisième après Dieu et la matière, il n'y en a pas. Le bien et le mal viennent-ils de Dieu ? Dans ce cas, Dieu paraîtra l'auteur du mal; or, le Dieu infiniment bon ne peut être l'auteur du mal. Attribuez-vous le bien et le mal à la matière? Aussitôt la matière devient la matrice du bien; or la matière, que vous dites entièrement mauvaise, ne saurait être la matrice du bien. Attribuez-vous l'un à l'autre à tous les deux? Voilà encore la matière placée au niveau de Dieu. Tous deux seront égaux ; tous deux auront une part semblable dans le bien et dans le mal. Or la matière ne peut être égalée à Dieu sans qu'il en résulte par là même deux divinités* Assignez-vous l'un au premier principe^ l'autre au deuxième, c'est-à-dire le bien à Dieu, le mal à la matière? Alors, sans doute, le mal n'est plus imputé à Dieu, ni le bien à la matière; mais reste toujours que Dieu, en faisant sortir delà matière le bien et le mal, les produit concurremment avec elle. S'il en va ainsi, je ne sais par quel côté peut s'échapper l'opinion d'Hermogène, qui n'entend pas que Dieu soit l'auteur du mal, tout en voulant qu'il l'ait tiré de la matière, n'importe comment, soit volontairement, soit par nécessité, soit par un motif quelconque. Or, si celui qui a fait l'œuvre est l'auteur du mal, vous avez beau lui associer une matière qui lui fournit les éléments de la substance, il n'y a plus de cause pour motiver l'introduction de cette matière. En effet, si la matière n'apparait ici que pour justifier Dieu du reproche d'être l'aiiteur du mal, Dieu n'en demeure pas moins l'au-

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