LE DOGME DE LA CHÉATION
teur du mal, même avec la présence de la matière. Conséquemment, la matière une fois exclue, par là même que disparaît la nécessité de sa présence, il ne reste plus qu'à tirer cette conclusion : Dieu a créé toutes choses de rien^ »
Voilà, 3Iessieurs, une page de métaphysique qui montre avec quelle aisance l'esprit du prêtre de Garthage se jouait dans des matières si abstraites. Nous verrons plus tard comment saint Augustin va reprendre contre les manichéens ce thème, qu'il saura développer avec la richesse d'imagination qui lui est propre, sans surpasser toutefois l'éloquence nerveuse et concise de son devancier. Cette réflexion faite, et tout en appréciant la justesse des arguments ad hominem que Tertullien oppose à Hermogène, je dois ajouter qu'il y aurait eu moyen de serrer la question de plus près, si Tauleur s'était proposé de la traiter à fond. Il est clair que nous n'avons nul besoin de recourir à l'hypothèse d'une matière éternelle pour expliquer l'existence du mal, d'où l'on ne saurait tirer une objection valable contre la puissance, la sainteté ou la bonté de Dieu. Sauii-il, eu effet, de l'imperfection du monde, ou de ce qu'on appelle, en terme d'école, le mal métaphysique? Il faudrait ne jamais avoir réfléchi sérieusement pour soulever inu' pareille difficulté. Vous voudriez que le monde fût parfait, eu d'autres termes, qu'il fût Dieu ; car l'infini seul est absolument parfait. Du moment qu'il a plu à Dieu de créer le monde, il a dû le créer fini, c'est-à-dire imparfait; car il est une seule chose (ju'il ne puisse faire, c'est Pabsurde; or un fini infini est une contradiction manifeste. Veut-on parler du seul mal véritable, du mal moral ou du péché? Dii'ii n'en est nullement l'auteur: créer un être