TRAITÉ DE LA PÉINITEKCE
tions temporaires; uu discours où l'on déclare t'ormelleraent que la contrition, même la plus vive, ne suffit pas pour mériter le pardon, aussi longtemps qu'elle persiste à vouloir se renfermer dans le secret de la conscience, et qu'elle refuse de se traduire dans l'aveu extérieur des fautes et dans les œuvres satisfactoires : ou je me trompe fort, ou nos frères séparés se boucheraient les oreilles comme devant un sermon catholique. C'est qu'en effet rien ne ressemble moins à leurs idées sur la justification que ce tableau de la pénitence au deuxième siècle, tandis que l'Église catholique y retrouve le langage qui encore aujourd'hui retentit du haut de toutes ses chaires. Sous le nom d'exomologèse ou de confession, TertuUien entend le sacrement de pénitence avec les trois éléments qui le constituent, le repentir accompagné du ferme propos de ne plus pécher à l'avenir, l'aveu extérieur des fautes commises, et la satisfaction offerte à Dieu par des œuvres expiatoires. Non seulement il distingue ce triple acte avec une netteté qui ne permet pas d'équivoque, mais encore il se sert, pour le désigner, des termes mêmes que le concile de Trente a employés dans sa quatorzième session. Et qu'on ne cherche pas à donner le change sur le véritable sentiment de l'auteur, en abusant de ces mots : « par l'exomologèse nous confessons notre péché au Seigneur; » car, suivant la doctrine catholique, la confession se fait réellement à Dieu, dont le prêtre n'est que le ministre et le représentant. D'ailleurs, s'il restait sur ce point une ombre de difficulté, la suite du discours démontrerait clairement qu'il s'agit bien d'un aveu extérieui-. et non d'une confession faite à Dieu dans le silence de l'àmc. Au deuxième siècle déjà, comme aujourd'hui, l'obligation de découvrirau prêtre le fond du cœur révoltait l'orgueil humain. Les libertins de l'époque n'avaient pas attendu les réforma-
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teurs du seizième siècle ni les incrédules du dix-neuvième pour imaginer cette raison qui, comme l'observe Pascal, a fait insurger contre l'Église une grande partie de l'Europe*. Leurs récriminations étaient d'autant plus vives que, selon la discipline du temps, certains péchés publics, souvent même des fautes secrètes, étaient soumis à une pénitence canonique. En tout cas, leur objection n'aurait pas eu de raison d'être, si l'Église primitive n'avait exigé qu'une confession purement intérieure, dont Dieu seul reçoit la confidence. Eh bien, que va répondre Tertullien à ces protestations dune fausse honte? Dira-t-il : Rassurez-vous, rien ne vous oblige à confesser vos fautes à qui que ce soit; il vous suffit de les avouer à Dieu au fond de votre cœur? Bien loin de là, lindispensable nécessité d'un aveu extérieur pour obtenir la rémission des péchés, lui inspire un des plus beaux morceaux de l'éloquence chrétienne : « Je présume que la plupart reculent devant l'exomologèse comme devant une déclaration qui les affiche en public. Ou bien la remettent de jour en jour, plus dociles à la voix de la honte qu'à celle du salut, semblables à ces malades qui, rougissant de découvrir à l'œil du médecin leurs plaies secrètes, meurent dans leur fausse honte. Quoi! la honte fera passer pour chose intolérable de satisfaire au Seigneur, que l'on a offensé, et de retourner dans la voie du salut, que l'on avait quittée! Belle excuse que ta honte en vérité : tu marchais dans le crime tête levée; à présent tu refuses de courber le front pour implorer le pardon! Pour moi, je ne m'inquiète pas de la honte quand il m'est plus avantageux de la fouler aux pieds, et qu'elle semble me dire elle-même : ne tiens nul compte de moi, il vaut mieux que je périsse par toi ! Assuré-
l. Pensées, I'" partie, art. v, a» 8;
2U IKAIIK I)K l-.V l'KISn'ENCE.
ment tu aurais quelque péril à redouter si on se prévalait de ta déclaration pour t'insulter par la moquerie, comme on fait dans le monde, où rattliclion de l'un est le triomphe de l'autre, où l'on écrase du pied celui qui est à terre. Mais rien de pareil ne tattend au milieu de tes trères qui servent avec toi le même maître, entre lesquels tout est commun, l'espérance, la crainte, la joie, la douleur, la souffrance, parce que le même esprit anime ceux qui n'ont qu'un seul Seigneur et Père. Pourquoi les crois-tu d'une autre nature (jue toi? Pourquoi fuis-tu ceux qui s'affligent de ta chute, comme s'ils allaient s'en applaudir? Le corps ne peut se réjouir de la maladie d'un de ses membres : loin de là, il faut qu'il souffre tout entier, et que tout entier il concoure à la guérison. L'Église est dansun membre comme dans l'autre: or l'ÉgUse, c'est le Christ. Donc, lorsque tu es étendu aux genoux de tes frères, c'est le Christ que tu touches, le Christ que tu implores. De même quand ils répandent des larmes sur toi, c'est le Christ qui souffre, le Christquiprie son Père. Ce qu'un fils demande, il 1 obtient iacilenienL. En vérité, la dissimulation qui cache son péché se promet trop d'avantages de cette fausse honte ! Sans doute que nous pourrons cacher à Dieu ce (fue nous dérobons à la connaissance de l'homme! Et c'est ainsi que l'on mettrait en parallèle le jugement de l'homme et la conscience de Dieu! Vaut-il mieux se damner en secret que d'être absous en public? Il est douloureux, medirez-vous, d'arriver ainsi à l'exomologèse. D'accord, mais c'est au péché qu'il faut vous en prendre de cette douleur; et puis cette douleur disparait dans la pénitence, parce qu'elle devient salutaire. Il est douloureux également de subir une amputation, d'être brûlé par un cautère ou torturé par l'aiguillon mordant de quelque poudre ; mais on pardonne volontiers
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aux. remèdes ce qu'ils ont de pénible, en raison du soulagement qu'ils procurent, et le bien qu'on attend d'eux tait oublier la douleur qu'ils nous causent \ »
Il eût été difficile d appuyer plus fortement sur la nécessité d'un aveu extérieur des fautes, et de déployer en même temps plus de délicatesse pour adoucir ce que cette humiliation peut avoir d'amer. Sans doute, Messieurs, et nos adversaires n'ont pas manqué de s en prévaloir, dans ce magnifique passage, Tertullien a surtout en vue la confession ou la pénitence publique, telle qu'elle était en usage de son temps pour les p.'chés les plusgraves; mais cette observation, loin d'affaiblir la portée de son argument, ne fait que lui prêter une nouvelle force. J'a^imets bien volontiers que, pendant les premiers siècles de son existence, rÉglise, agissant en vertu des pouvoirs qu'elle tient du Christ, a usé dans son régime pénitentiaire de certaines rigueurs excepîionnelles, exigées par les besoins de l'époque, et dont elle a pu se départir dans la suite des âges. Le dogme est immuable, mais la discipline peut varier selon les temps et les lieux. Si l'Église n'a le droit de rien changer à la substance des sacrements, il lui appartient de régler, dans une certaine mesure, leur mode d'administration, de fixer telle époque où l'on est tenu de les recevoir, de prescrire des cérémonies qui en relèvent la solennité, etc. Lui refuser ce pouvoir réglementaire, c'est nier que le Sauveur ait fondé une Église, c'est-à-dire une société complète possédant tous les moyens nécessaires pour atteindre à sa fin et fonctionner librement dans le cercle de ses attributions. C'est ainsi que l'Église a toujours agi dans la conscience de son autorité, confirmant les néophytes immédiatement ou