‹ TertullienChapitre 141 sur 237 · I.E MYSTERE DE LA TIUMTE · texte numérisé non relu

I.E MYSTERE DE LA TIUMTE

dans la plupartdes prophéties messianiques, connu, peut-être, dans une certaine mesure, de quelques âmes privilégiées, ce mystère, le plus impénétrable de tous, devait rester dans l'obscurité jusqu'à ce que Pincarnation du Verbe vint déchirer le voile qui l'enveloppait. L'exemple des Juifs montre assez que ces textes,dans lesquels nous cherchons, à bon droit, des vestiges de la Trinité, ne se sont vraiment éclaircis qu'à la lumière de l'Évangile. En dehors de la religion mosaïque, l'un ou l'autre philosophe, partant des données de la conscience ou raisonnant sur la nature de l'Être divin, était parvenu à soupçonner quelque chose qui ressemble de près ou de loin à la Trinité; mais quelle différence entre ces triades indécises, grossières, et cette affirmation nette, explicite, formelle : Dieu existe en trois personnes, le Père, le Fils, l'Esprit-Saint; et ces trois personnes, dont la deuxième procède de la première, et la troisième des deux autres, sont égales entre elles, coéternelles, consubstantielles, de telle sorte que la réalité de leur distinction n'affaiblit en rien l'unité indivisible d'une nature qui leur est commune à toutes les trois.

Évidemment, Messieurs, rien de pareil ne s'était dit avant le christianisme ni en dehors de lui. En ouvrant à l'intelligence humaine cette nouvelle perspective, la révélation l'invitait à y plonger sous la direction de la foi. Nous avons vu avec quel succès l'éloquence chrétienne s'exerçait depuis deux siècles sur un sujet si fécond et si élevé. Saint Justin, Athériagore, Théophile d'Antioche, saint Irénée, se sont efforcés, l'un après l'autre, d'exprimer le dogme de la Trinité avec précision, et de l'éclaircir par des analogies empruntées aux choses humaines \ Une pareille tâche était aussi importante

1; Voyez S. Justin, leçou X\Ul^.— Les Apologistes chrétiens au deuxième siècle, leçons VIP, XIII^ — S. Irénée, leçou XX1«.

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que délicate. D'une part, il fallait appuyer avec force sur l'unité de la substance divine, pour montrer que la religion chrétienne, en se posant comme l'adversaire du polythéisme, n'entendait pas ramener sous une nouvelle forme la pluralité des dieux; d'autre part, on devait s'appliquer à maintenir avec soin la distinction réelle des personnes divines, sous peine de ne plus pouvoir expliquer l'incarnation du Verbe. Or, Messieurs, il est toujours difficile de marcher entre deux erreurs contraires, sans du moins côtoyer l'une ou l'autre par «juelque exagération dans la forme. Ajoutez à cela que ces controverses sur la Trinité se produisaient pour la première fois, qu'il s'agissait en quelque sorte de créer une langue nouvelle pour lui faire rendre l'idée chrétienne avec toute la justesse possible, et vous n'aurez pas de peine à comprendre les obstacles qu'avait à vaincre sous ce rapport la littérature ecclésiastique. Si donc nous rencontrions chez le plus ancien écrivain de l'Église latine un petit nombre d'expressions dures, incorrectes même, nous n'en serions nullement étonnés : pourvu que le dogme s'y trouve nettement formulé, l'orthodoxie est sauve; c'est tout ce ([ue nou> avons le droit d'y chercher. Gela poséj je dis que, hormis quelques irrégu^ larités de style qui trahissent une littérature ou une science naissante, TerluUien s'est exprimé sur le mystère de la Trinité avec une exactitude qui mérite notre admiration.

Un mot d'abord pour expliquer l'origine du traité contre Praxéas. Tertullien avait plus d'un motif pour faire sentir à Ce sectaire le poids de son éloquence, j'ajouterai, de son ressentiment. Avant d'en arrivera ce point extrême où la divergence d'opinions devient la révolte, le raontanisrae avait parcouru différentes phases. Dans le principe, ses partisans semblaient vouloir se borner à une grande sévérité de con-

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duite, sans incriminer du reste la discipline générale de l'Église. Avec cet esprit de modération et de sage lenteur qui a toujours distingué le siège suprême, le pape Éleuthère hésitait à exclure de sa communion des hommes qui lui paraissaient pécher tout au plus par un excès de zèle : il espérait par là ramener à la concorde les Églises d'Asie et de Phrygie. Sur ces entrefaites, un confesseur de la foi, Praxéas, arriva de l'Orient à Rome, portant au souverain Pontife des renseignements complets sur la situation des choses : ces détails rendirent Éleuthère plus attentif aux menées du parti, et l'obligèrent à user de sévérité envers les raontanistes. De là cette vive animosité de Tertullien contre Praxéas \ Malheureusement, celui-ci ne sut pas, de son côté, rester fidèle i\ l'orthodoxie. Enflé, suivant l'expression de son adversaire, par l'orgueil du martyre, il se mit à dogmatiser à son tour, l)rétendant que Dieu le Père lui-même s'était incarné et avait souffert sur la croix : c'est ce qui fit donner à sa secte le nom de Patripassiens. En réduisant ainsi les trois personnes divines à la triple manifestation d'une seule, Praxéas frayait la voie au sabellianisrae, de concert avec trois autres hérétiques du même temps, Noël, Épigone et Gléomène ^. Vivement combattu par les catholiques, il signa sa rétractation dans une pièce dont Tertullien atteste l'existence. Mais l'erreur, qui paraissait étouffée dans son germe, éclata de nou-

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