‹ TertullienChapitre 146 sur 237 · Ibid., xxvi-xxvii · texte numérisé non relu

Ibid., xxvi-xxvii

296 CONTRE PRAXftAS.

no sortira de notre bouche : non pas que le Père ne soit Dieu, que le Fils ne soit Dieu, que le Saint-Esprit ne soit Dieu, que chacun d'eux ne soit Dieu ; mais, en distinguant les personnes, nous ne divisons pas une substance identique dans les trois*. Voilà ce qae Tertullien répète sans se lasser, et avec une énergie toujours croissante^. Pour vous donner une idée de cette exégèse non moins correcte que subtile, je citerai le passage où il interprète ce fameux texte : « Mon Père et moi, nous sommes une seule et même chose. » Il nous serait difficile de mieux argumenter contre lessociniens et les autres adversaires du dogme de la Trinité :

« C'est sur ce terrain que voudraient s'établir des insensés, ou, pour mieux dire, des aveugles. Ils ne voient pas, d'abord, que mon Père et moi signifie qu'il y en a deux ; ensuite (|ue nous sommes n'indique pas une seule personne, puisque le verbe est au pluriel ; et enfin qu'il est dit nous sommes une seule chose, mais non pas nous sommes un seul. S'il était écrit nous sommes un seul, leur opinion en recevrait (juelque appui. Un, en effet, paraît signifier le nombre singulier. En outre, deux réclamait le genre masculin. Au lieu de cela il est dit une seule et même chose, au neutre, comme pour affirmer non pas le nombre singulier, mais

1. Adv. Praxeam, xiii, xii. » Duos taïueu deos et duos domiuos nun' qiiam ex ore nostro proferimus : uon quasi non et Pater Deus, et Filius Deus, et Spiritus Sanctus Deus, et Deus unusquisque. Alium autem quomodo accipere debeas, jam professus sum : personte, non substantiae uoiuine; ad distinctionem, non ad divisionem. Ubique teneo unam siibstantiam in tribus cohferentibus. » Après toutes les controverses qui ont éclairci la question depuis seize siècles, on pourrait défier un théologien moderne de s'exprimer avec plus d'exactitude.

2. « Duae species sunt, sed indivisae — non divisioue aliuui, sed distinctione — individuus Filius et inseparatus a Pâtre — taui duos quau iûseparatos, — etc. (vni, ix, xvni, xxii.)

LE MYSTElîE DE LA TJUNITÉ. 297

l'unité, la ressemblance, l'union, l'amour du Père qui chérit le Fils, et la soumission du Fils qui obéit à la volonté du Père. Cette parole : Mon Père et moi, nous sommes une seule et même chose, prouve qu'il y en a deux qu'elle égale en les unissant... Ainsi la connexité du Père dans le Fils et du Fils dans le Paraclet forme trois personnes inséparables, qui procèdent l'une de l'autre, de telle manière que trois sont une seule et même chose, mais ne sont pas un seul, selon qu'il a été dit : Mon Père et moi, nous sommes une seule et même chose ; ce qui implique l'unité de substance, mais non l'unité du nombre'. »

Voilà, Messieurs, un vrai modèle d'interprétation rigoureuse et littérale. J'ignore comment il faudrait s'y prendre pour affirmer plus clairement la distinction réelle des trois personnesdivines, enmême temps que leur consubstantialité. Il me paraît donc hors de doute que la croyance de Tertullien touchant le mystère de la Trinité est d'une orthodoxie irréprochable. En est-il de même des explications scientifiques qu'a essayées le prêtre de Garthage pour éclaircir un dogme exprimé dans des termes qui, je le répète, éloignent jusqu'à l'ombre d'un reproche? C'est ce qu'il nous reste à examiner. En effet, autre chose est la croyance du fidèle qui adhère sans examen approfondi à la doctrine révélée, autre chose le travail du théologien qui cherche à se rendre compte de cette doctrine à l'aide de principes et d'observations puisés à d'autres sources. Cette dernière tentative peut ne pas être heureuse, sans que la foi en reçoive la moindre atteinte, pourvu qu'on soit prêt à soumettre toute recherche de ce genre au jugement de l'autorité compétente. Ainsi les spécq-

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