‹ TertullienChapitre 147 sur 237 · Adv. Praxeam, xxu, xxv · texte numérisé non relu

Adv. Praxeam, xxu, xxv

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lations de Tertullien concernant le mystère de la Trinité seraient-elles défectueuses, que nous n'aurions pas le droit de conclure à une erreur sur la substance du dogme. C'est faute d'avoir fait cette distinction entre la foi, qui ne varie pas, et la science, qui peut se trouver en défaut, qu'on a imputé quelquefois aux premiers écrivains de l'Église des opinions que repousse l'enscmble de leurs idées. Mais nous n'avons pas même besoin de recourir à une distinction pareille pour justifier Tertullien : chez lui, le théologien est d'accord avec le fidèle, pourvu que l'on ne veuille pas abuser de quelques expressions impropres, ni forcer le sens de certaines similitudes trop matérielles. Voici, par exemple, comment il essaye de représenter la génération du Verbe. Je placerai tout le morceau sous vos yeux, afin que vous puissiez en apprécier la valeur scientifique et juger de l'imperfection inhérente à tout langage qui se propose de traduire des idées dont l'objet dépasse de si loin l'intelligence humaine :

« Avant toutes choses. Dieu existait seul, étant à lui-même son monde, son lieu et tout. Il existait seul, parce qu'il n'y avait rien en dehors de lui. Au reste, alors même il n'était pas seul ; car il avait avec lui celle qu'il avait en lui-même, à savoir sa Raison. En effet, Dieu est raisonnable : la Raison existe en lui avant tout, et ainsi toutes choses sont de lui. Cette Raison n'est autre que sa Sagesse. Les Grecs l'appellent Logos, mot, qui, chez nous, signifie parole. De là vient que, parmi les nôtres, il est d'usage de dire, par une interprétation toute simple, que la Parole était au commencement avec Dieu ; tandis qu'il serait plus convenable d^attribuer l'antériorité à la Raison, puisque Dieu n'a pas été parlant dès le commencement, mais raisonnable même avant le commencement : la Parole, subsistant par la Raison, montre assez que

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relle-ci est la première, en qualité de substance. Toutefois, peu importe. Car, bien que Dieu n'eût pas encore émis la Parole, il ne laissait pas de l'avoir au fond de lui-même, avec et dans la Raison, en méditant secrètement et en disposant ce qu'il allait dire par la Parole. En effet, méditant ainsi et disposant toutes choses avec sa Raison, il s'apprêtait à proférer au dehors ce qu'il se disait en lui-même. Et afin que tu comprennes plus facilement, toi, image et ressemblance de Dieu, considère, d'après toi-même, la raison que tu portes dans ton sein, puisque tu es un animal raisonnable, créé par un être raisonnable, et animé de sa substance. Regarde! lorsque tu converses silencieusement avec toi-même, cette opération intérieure a lieu par la raison, qui se présente à toi en même temps que la parole, à chaque mouvement de ta pensée, à chaque impulsion de ton sentiment. Tout ce que tu as pensé est parole: tout ce que tu as senti est raison. Il faut nécessairement que tu te parles au fond de ton âme; et dans ce colloque, tu as pour interlocuteur le verbe, auquel est inhérente cette raison même par laquelle tu parles, en pensant avec celui au moyen duquel s'exprime ta pensée. Il v a donc en toi, pour ainsi dire, un second verbe, par lequel lu parles en pensant, et par lequel tu penses en parlant. Ce verbe est un autre verbe. Mais combien Dieu, dont tu es l'image et la ressemblance, n"aura-t-il pas plus pleinement en soi sa Raison, même lorsqu'il se tait, et dans sa Raison son Verbe! J'ai donc pu avancer sans témérité que Dieu n'était pas seul avant la création de l'univers, puisqu'il avait en luimême sa Raison, et dans sa Raison son Verbe,qu'il engendrait le second après lui. en s'agitaiit lui-même\ »

!. .1'/c. l'raxcdm, v.

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En examinant avec soin ce passage, je ne puis que partager la surprise de Bossuet relativement aux attaques dont il a été l'objet*. La comparaison tirée de l'âme humaine est très juste, bien que toujours infiniment disproportionnée à la nature divine. TertuUien distingue entre la pensée et la parole, ou mieux encore, il observe en nous deux paroles, l'une intérieure, par laquelle nous nous entretenons en nousmêmes, et l'autre extérieure, par laquelle nous nous exprimons au dehors. Partant du principe, que l'homme est fait à l'image de Dieu, il cherche à s'élever, par le moyen de cette similitude, à une certaine intelligence du mystère de la Trinité. Dieu, dit- il, n'a jamais été seul: le Verbe a toujours été en lui comme son éternelle pensée, sa raison subsistante, sa parole intérieure. Voilà pour l'existence étemelle du Verbe dans le sein du Père. Par la création du monde, Dieu a proféré au dehors cette parole intérieure : caché jusque-là dans le sein de son Père, le Verbe s'est manifesté par la production de toutes choses. Vous le voyez. Messieurs, TertuUien se borne à répéter la célèbre distinction que nous avions déjà trouvée dans Théophile d'Antioche et dans les autres apologistes du deuxième siècle, entre le Asy:; hto'.ifit-ù; eile'kiyoç zpsssp'.v.cr, entre le Verbe envisagé comme parole immanente dans le sein du Père, et le Verbe considéré comme parole créatrice du mondée Or rien n'est plus exact, si l'on ne veut pas prendre au pied de la lettre et pousser à l'extrême ce qui n'est, après tout, qu'une métaphore empruntée à l'ordre humain. Il ne faut donc pas se hâter de voir la négation de

1. 6^ Avertissement aux protestants, édit. de Versailles, t. XXII, p. 12j et suiv.

2. Les Apologistes chrétiens au deuxième siècle, leçon XIII^, p. 278 et suiv.

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la naissance éternelle du Verbe, dans des passages tels que eelui-ci : « Le Verbe reçoit sa forme et son ornement, le son et la voix, quand Dieu dit : Que la lumière soit ! Par cette prononciation extérieure, la nativité du Verbe s'est trouvée parfaite*. » En rapprochant cette figure, d'ailleurs outrée, de ce qui précède et de ce qui suit, on voit clairement quelle signification Tertullien y attache. Il ne veut pas dire que le Verbe ait été sans forme ou imparfait avant la création du monde, mais simplement que ce Verbe, toujours subsistant dans le sein du Père, a été proféré au dehors, qu'il est devenu en quelque façon une parole sonore, manifestée par l'action: et que dans ce sens on peut appeler cette prononciation extérieure une sorte d'enfantement, comme un discours que nous prononçons après l'avoir médité est une nouvelle production de notre esprit. Bref, c'est l'émission au dehors distinguée de la génération au dedans. Il n'y a pas autre chose dans le texte que nous étudions, bien qu'il soil vrai de dire, avec Bossuet, que Tertullien enfonce trop ses traits, et dépasse sa pensée en forçant l'expression. Voilà pourquoi le devoir de la critique est d'apprécier telle phrase isolée d'après l'ensemble de la doctrine, au lieu de vouloir pousser Jusqu'au bout des comparaisons nécessairement défectueuses. Cette règle, Tertullien lui-même la pose, et dans les meilleurs termes : « La plus grande partie, dit-il à Praxéas, doit servir à expliquer la plus petite; mais c'est le propre des hérétiques de suivre une marche contraire : dans une multitude de textes, ils en choisissent quelques-uns qu'ils s'acharnent à défendre contre tout le reste^. » A moins d'imputer au prêtre de Carthage les con-

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