‹ TertullienChapitre 149 sur 237 · LE MYSTÈRK DE LA TRINITÉ · texte numérisé non relu

LE MYSTÈRK DE LA TRINITÉ

pensée ou de la parole humaine. Il y a, sans nul doute, dans cette induction un grand fond de vérité, pourvu qu'on veuille bien s'en tenir aux analogies, et ne pas conclure à l'identité : c'est dans ce sens que saint Augustin, saint Anselme et Bossuet ont reproduit, en la développant, la belle comparaison employée par TertuUien. Voici maintenant d'autres similitudes à l'aide desquelles le défenseur de la Trinité s'efforce d'éclaircir ce grand mystère. Assurément, Messieurs, comme nous l'avons fait observer à propos de saint Justin, on méconnaîtrait le ca^ctère et le but de ces tentatives, si l'on voulait y chercher autre chose que des images destinées à représenter sous une forme sensible des réalités toutes spirituelles, images qui se ressentent nécessairement de l'insuffisance du langage et des facultés humaines. Il faut bien se résoudre à faire usage d'un style figuré, et par là même imparfait, lorsqu'on a l'intention de mettre à la portée de tous et de rendre accessibles aux plus humbles intelligences des vérités si fort audessus de nos faibles conceptions. Le principal mérite des métaphores que je vais citer, c'est de montrer que, dans la pensée de TertuUien, les trois personnes de la Trinité sont à la fois distinctes l'une de l'autre et inséparables dans l'unité de la substance divine :

« Dieu a proféré le Verbe, ainsi que l'enseigne également le Paraclet, comme l'arbre sort de la racine, le fleuve de la source, le rayon du soleil ; car ces différentes espèces sont les émanations des substances dont elles procèdent. Je n'hésiterai même pas à dire que l'arbre, le fleuve et le rayon sont les lils de la racine, de la source et du soleil, parce que, dans toute origine, il y a paternité, comme il y a filiation dans tout ce qui découle de cette origine. A plus forte raison, en est-il ainsi du Verbe de Dieu, qui même a reçu en propre le

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nom (if Fils. Et cepeudanl l'arbre n'est pas séparé de sa racine, ni le fleuve de sa source, ni le rayon du soleil, de même que le Verbe n'est pas séparé de Dieu. Par conséquent, en conformité avec ces exemples, je confesse et je dis qu'il y en a deux. Dieu et son Verbe, le Père et son Fils. Car la racine et l'arbre sont deux choses, mais unies; la source et le fleuve sont deux espèces, mais indivises; le soleil et le rayon sont deux formes, mais cohérentes. Toute chose qui procède d'une autre est nécessairement la seconde par rapport à celle dont elle procède ; elle n'en est pas séparée pour cela. Or, où se trouve un second, là il va deux; et où se trouve un troisième, là il y a trois. Car le troisième est l'Esprit qui procède de Dieu et du Fils, de même que le troisième par rapport à la racine est le fruit sorti de Farbre ; le troisième par rapport à la source, le ruisseau qui sort du fleuve; et le troisième par rapport au soleil, la lumière qu'envoie le rayon. Aucun d'eux toutefois ne devient étranger au principe dont il tire ses propriétés. Ainsi la Trinité descend du Père par des degrés qui s'enlacent et s'enchaînent, dételle sorte que la monarchie ne reçoit aucune atteinte, et que Véconomic reste dans son immuable état'. »

Certes, Messieurs, il y aurait une extrême injustice à prétendre que Tertullien ne s'est pas clairement exprimé sur la distinction réelle et la consubstantialité des trois personnes divines. De plus, les images qu'il vient d'emprunter à l'ordre sensible ont toute la justesse qu'on peut exiger en pareille matière. La seule chose qu'on doive lui reprocher, c'est de n'avoir pas assez compris (pie tonte comparaison finit par dégénérer, quand on veut la suivre jus(|n'aii bout et sans

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