‹ TertullienChapitre 150 sur 237 · LE MYSTÈRE DE LA TRINITÉ · texte numérisé non relu

LE MYSTÈRE DE LA TRINITÉ

tenir siiffisamnient compte de la différence des objets. Nous l'avons dit plus d'une fois, la mesure dans l'expression n'est pas la qualité dominante de Tertullien : il cherche avant tout le relief de l'image et l'énergie du trait. Si l'on voulait isoler du reste et prendre au pied de la lettre telle métaphore outrée, on ferait dire à l'auteur du traité contre Praxéas des énormités que repousse chaque page de son livre. C'est ce que n'ont pas manqué de faire des critiques peu familiers avec la manière d'écrire du célèbre Africain : ils se sont emparés de quelques phrases un peu dures, pour lui imputer des erreurs ridicules. Ainsi, dans le but d'appuyer fortement sur la distinction du Père et du Fils, Tertullien écrit ces mots, qui suivent immédiatement le passage dont je vous ai donné lecture : « Le Père est toute la substance ; le Fils est la dérivation et la portion du tout, comme il le déclare luimême : Mon Père est plus grand que moi*. » 11 faut bien avouer que l'expression est inexacte : c'est la comparaison du fleuve et de la source portée à ce point extrême où elle cesse d'être juste ; mais d'une similitude défectueuse à l'ariaiiisme il y a une grande distance. Il est facile d'épurer ces termes de dérivation et de portion en les rapportant à l'origine des personnes divines et à l'ordre de leur procession. Le Père communique tout à son fils, excepté d'être Père, comme la source, en se versant dans le fleuve, se réserve d'être la source. En ce sens donc et avec ces restrictions on peut dire, comme saint Augustin, « que le Père est la source et le principe de toute la divinité, » puisque les deux autres personnes procèdent de lui, et qu'il ne procède d'aucune. Ce mot de Tertullien : Pater est tota substantia, n'a pas

Page 1