Adv. Praxeam, u
LE MYSTIJRE DE LA TRIMTE. Ml
procède de Dieu et du Fils, comme le tronc par rapport à la racine et le fruit qui sort de l'arbre*. » La critique la plus sévère ne saurait exiger davantage. Je retrouve une égale netteté dans la péroraison, où l'adversaire de Praxéas, résumant sa doctrine, montre que la croyance à la Trinité est l'un des caractères principaux qui distinguent le Nouveau Testament de l'Ancien :
« Toute la vérité réside dans le Père, dans le Fils et dans l'Esprit-Saint, selon le sacrement de la foi chrétienne. Croire en un seul Dieu, sans admettre dans l'unité divine le Fils, et après lui l'Esprit-Saint, c'est n'avoir que la foi des Juifs. Qu'est'ce donc qui nous distinguerait d'eux, sinon cette différence '? Quelle S(;ra l'œuvre de l'Évangile, et la substance du Nouveau Testament oii il est dit « que la loi et les prophètes ont duré jusqu'à Jean », si depuis lors il n'y a pas d'obligation de croire que Dieu est un en trois personnes, le Père, le Fils et l'Esprit-Saint f Dieu a voulu renouveler le sacrement de la Foi, afin que le monde le crût d'une manière nouvelle, un par le Fiîâ et l'Esprit, et que Dieu fiît reconnu publiquement sous ieâ noms et les personnes qui lui sont propres^. »
i; Àdv> Praxeam, xxv, viit.
â. Ibid., XXXI. Qu'on nous permette de rapprocher des passages dé Tertullien les principaux articles du symbole de Nicée et du symbole de 8. AthaUase, relativement à la Trinité. Symb. Nie. : « Deum de Deo, lumen de lumiue; » Tert., Apol. xxi : « De Deo Deus, et lumen de lumine. » — Symb. Nie. : « Genitum, non factum, cousubstantialem Palri; » Tert, Apol. xxi : « Hune ex Deo prolatum, et prolatione generatum, et idcirco Filium Dei et Deum dictum ex unitate substantiœ. » — Symb. Athan. :« Fides autem catholica hœc est, ut uuum Deum in trinitate el trinitatem in unitate veneremur ; » Tert., adv. Praxeam. n : n Deus unus, per substantite scilicet uuitatem, et niliilominus custodialur seconomiœ sacramentum quod miitatem in trinitatem disponit. » — Symb. Athan. : « Alia est enim persoua Patris, alia Filii, alia Spiritus Sancti; » Tert., ibid.,i\, xu : «Alius est Pater, alius Filius, alius Spiritus...
31i COrUE l'KAMCAS.
Tel est, eu ettet, riiiimense proférés que la révélation évaiigélique a fait taire à rinteHij^ence humaine. Non seulement elle a dégagé de toute erreur l'idée de Dieu, telle que la raison peut la concevoir par ses forces naturelles ; mais, de plus, elle a dévoilé le mystère delà vie divine en ouvrant au regard de l'homme un nouvel horizon. Par le dogme de la Trinité, nous pénétrons en quelque sorte dans le sein même de Dieu, pour y surprendre des secrets que la philosophie ancienne ne soupçonnait pas. L'ordre surnaturel repose tout entier sur cette donnée fondamentale, qui en fait comprendre le principe, le moyen et la lin. En élevant la nature humaine audessus d'elle-même par la grâce, et en la réintégrant dans son état primitif par la médiation du Verbe fait chair. Dieu nous indique la destinée à laquelle nous sommes appelés. Connaître Dieu et le voir, en tant qu'Être et Créateur de toutes choses, voilà quelle eût été notre fin, si la bonté divine n'avait pas daigné nous introduire dans un ordre de relations plus élevées. Connaître Dieu et le voir face à face, tel qu'il est, en tant que Père, Fils et Esprit- Saint, participer à sa vie intime, telle est la lin surnaturelle que le christianisme assigne à l'homme. On conçoit dès lors l'énergie avec laquelle l'Église a défendu le dogme de la Trinité pendant les premiers siècles de son existence : toute la doctrine révélée se trouvait mise en question dans ces controverses, où des esprits super-
Adheerebat Patri Filius, secunda persona, ettertia, Spiritus. » — Symb. Athan. : « Deus Pater, Deus Filius, Deus Spiritus Sanctus ; » Tert., ibid., XIII : '< Pater Deus, Filius Deus, et Spiritus Saactus Deus, et Deus unusquisque. » — Symb. Athan. : << Très deos aut dominos dicere calholica religione prohibemur; » Tert., ibid., xm : « Duos deos aut dominos nunquam ex ore nostro proferimus, etc., etc. » On peut voir par là ce que valent les assertions de quelques critiques modernes qui ont accusé Tertullien sans s'être donné la peine de l'étudier.
Lii; mYstkuk de la tiuniti:. 313
Hciels ont voulu voir des luttes stériles pour l'humanité. Admettre la moindre équivoque dans les relations des trois personnes divines entre elles, c'eût été renverser l'économie de la Rédemption et anéantir Tordre surnaturel. Voilà pourquoi le traité contre Praxéas est l'un des plus grands services ([ue Tertullien ait rendus à la science théologique. C'est h premier ouvrage où le mystère de la Trinité forme l'objet d'une discussion spéciale et approfondie. A part quelques expressions défectueuses, qui se corrigent par le reste, nous y avons trouvé une orthodoxie irréprochable. Le style, parfois peu régulier, de ce dur Africain n'ôte rien à l'exactitude de sa doctrine ni à la puissante originalité de ses vues. Autant nous avons blâmé le montaniste, autant devons-nous rendre justice au théologien catholique. « Il faut, disait Bossuet, avoir perdu le goût de la vérité pour ne pas sentir dans la plus grande partie des ouvrages de Tertullien, au milieu de tous ses défauts, une force de raisonnement qui nous enlève; et sans sa triste sévérité, qui à la tin lui fit préférer les rêveries du faux prophète Montan à l'Église catholique, le christianisme n'aurait guère eu de lumière plus éclatante*. » C'est le jugement que portait sur le prêtre de Carthage un homme qui n'avait pas coutume de transiger avec l'erreur, et l'admiration générale n'a pas hésité à le ratifier.