Dictionnaire de Nijslen. (IfinuTf ('«litinn. art. Homme
LA SCIENCE DE L'HOMME. .liU
(IM'antinit (ju'clk'S restent unies \ » Cette délinitlon est fort belle : elle tient la balance droite entre le pliysiologisme, (jui fait abstraction de Tàme pour envisager le corps isolément, et le psychologisme,qui n'assigne pas au corps son véritable rôle dans l'activité propre à la nature humaine. L'homme n'est pas seulement une intelligence servie par des organes, comme l'a dit M. de Bonald. Réduire le rapport du corps et de l'àme à une pure relation de services, c'est donner une bien faible idée du lien personnel qui les unit. Encore moins peut-on appeler sérieusement un animal mammifère de Tordre des primates, le seul être de la création terrestre qui possède, outre le don du langage et la sociabilité, la faculté de rai» sonner, la conscience et la liberté morale. Bref, pour me servir des paroles de Pascal, l'homme n'est ni ange ni bête. Ce qui constitue l'être humain, c'est l'union intime de la substance spirituelle avec la substance corporelle. Cette union n'est point passagère ou accidentelle, en ce sens que le corps serait une simple enveloppe dont l'àme se dépouille sans retour au bout d'un certain temps, comme Voï\ rejette un vêtement embarrassant ou inutile ; non, 1 ame est créée pour rester unie à un corps, et réciproquement. Scinder l'unité humaine par un faux spiritualisme ou par un matérialisme grossier, c'est méconnaître également le rang particulier qui revient à l'homme dans le plan de la création. Vous comprenez, Messieurs, la conséquence qui en résulte pour le dogme si rationnel de la résurrection des corps, et Tertullien saura la déduire avec une grande puissance de logique dans
1. De Resurrectione carnis, xl. S. Thomas d'Aquin s'exprime de même sur ce point, Summœ, pars prima, qu. lxxv, art. 4: « Utrimi animal sit liomo. »
ni>il TIIAITK OK l.'AME.
le traité spécial (|u'il consacrera plus tard à cet article important de la foi.
Après avoir déterminé la véritable notion de l'homme, il fallait préciser la nature de l'àme. Nous avons vu que Tertullien distincfue nettement l'àme du corps visible et tangible ((ui forme avec elle une unité vivante. Qu'est-ce donc que l'àme? Une substance simple, indivisible, indissoluble, et par là même immortelle: car se diviser, c'est se dissoudre; se dissoudre, c'est mourir. Il ne s'agit donc pas de la diviser en deux parties avec Platon, ni en trois comme Zenon, ni en cinq ou en six à l'exemple de PanaHius, ni en sept après Soranus, ni en huit suivant Chrysippe, etc. ; là où ces philosophes ont supposé différentes parties, il faut voir des propriétés, des énergies, des opérations diverses ^ Certes, on ne dii'a pas que TertuUien ait nié la simplicité, la spiritualité ou l'immortalité de l'àme: il n'est guère possible de formuler avec plus d'exactitude ces vérités, qui découlent l'une de l'autre. Et cependant, chose bizarre, il soutient, d'un autre c(Mé, que l'àme est corporelle. Il s'approprie dans ce but les arguments sans valeur des stoïciens contre Platon. 11 va jusqu'à prêter à l'àme des dimensions, une figure, que dis-je? une couleur qu'il appelle aérienne et lumineuse. A l'appui de cette opinion, il cite l'autorité d'une femme montaniste ravie en extase, et donne le sens le plus littéral à la parabole du mauvais riche et du pau\Te reçu dans le sein d'Abraham^. Saint Augustin, qui avait tant étudié son illustre devancier, était fort surpris de ces paradoxes. Il ne voyait que deux manières de les expliquer, ou par une con-