‹ TertullienChapitre 161 sur 237 · Adv. Hermogenem, xxxv · texte numérisé non relu

Adv. Hermogenem, xxxv

3. Ce qui prouve combieu l'observation de saint Augustin est juste, c'est que TertuUien range ici parmi les êtres incorporels le sou, la couleur et

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qui n'a ni réalité ni consistance, ilianc et cactium, pour moiitrt'r (|ue l'ànic n"ost pas une pure al)strartion ni nnc simple qualité d<' l'être humain, mais une réalité concrète et subsistant par elle-même*. Partant de là, et toujours préoccupé de cette idée qu"il faut écarter de l'âme tout ce (pli pourrait en amoindrir la réalité substantielle, il se croit obli;;é de lui donner une forme, la forme humaine, forma Inimana. et même une couleur, celle de l'air lumineux. Il est évident que l'imagination prend ici le pas sur l'entendement. Sans doute, l'âme est limitée et circonscrite dans son action par le corps, mais elle n\m prend pas la forme, parce qu'elle est tout entière dans chaque parcelle du corps. En tout cas. la spiritualité de Tâme est parfaitement coneiliable avec ce sentiment particulier à Tertullien. Leibnit/ luimême, tout spiritualiste qu'il est, prétend que toutes les hitelligetices créées, les anges et les âmes humaines séparées pai* la tnort de leurs corps visibles, sont unies à des coi'pà invisibles et plus ou moins subtils; et pourtant celte opinion erronée n'autoriserait personne à l'accuser de matérialisme; L'essentiel est que Tertullien ait défini l'âme Une substance

l^ddeur (vi) : « Incorporalia o?lpnilo, sounu), coloi'em, odorem. » Preuve évidente qu'il preiid le mot Corporel pour synouyme de substantiel, et non de matériel. Dans «a dis.=5ertatiou sur la Spiritualité de l'âine. p. 1 i, le cardinal de la Luzerne s'est beaucoup trop hâté de souscrire à vme condamnation dont il ne discute pas les motifs. En disant que Tertullien a soutenu sans micune restriction que l'âme est corporelle, M. Henri Martin ne me paraît pas non plus avoir donné une attention suffisaiite aux divers passages du traité de Anima. (La Vie future. Paris, p. 576.) Tertullien restreint expressément la signification du uHôt c'orporèl, eli excluant tout sens charnel : « Anima nostra carnea lion est. » (De Carné Christi. x.)

i. De Aninia, vi, viii. « Unde vacuŒ rei solida prdpeliere. — Ostensa est mihl anima corporaliter, et spiritus vldebatur, s'éd non inanis et bacuœ qualilatis. »

simple, sans composition de parties, et par là même survivant à la dissolution du corps ; or cela n'est pas douteux, quelque jugement qu'il faille porter, d'ailleurs, sur l'exactitude de sa terminologie ou des spéculations auxquelles il a cru devoir se livrer.

Passons maintenant à un autre point quin'otl're pas moins d'intérêt. Si l'âme est une substance simple et indivisible, dans quel rapport se trouve-t-elle avec le corps ? Ce rapport est-il direct ou indirect? En d'autres termes, l'âme est-elle unie au corps immédiatement, ou par un intermédiaire? Faut-il admettre dans le composé humain, outre la substance spirituelle et la substance corporelle, un troisième principe sous le nom de force ou de souffle vital ? ou bien, la substance pensante est-elle en même temps le principe de la vie oi'ganique ? Ici, Messieurs, Tertullien me parait avoir embrassé le sentiment le plus conforme à la réalité des choses. Vous n'ignorez pas que beaucoup d'anciens philosophes^ pai'tânt de la distinction platonicienne entre l'âme, anima, 'V/v?, et l'intelligence j animus, rrienSi viuÇj divisaient l'homme en trois substances : le corps ou la matière organisée, l'àmcj principe de cette organisation, et l'esprit ou la substance pensante. Les gnostiques avaient saisi avec empressement cette tripartition, pour ranger l'humanité en trois classes; les hyliquesi les psychiques et les pneumatiques; suivant la prédominance de l'un des trois principes. .le dois ajouter que, parmi les Pères de l'Église; il s'en est trouvé qui semblent avoir adopté la distinction de l'âme et de l'esprit dans le sens platonicien, entre autres saint Irénée, saint Ambroise et âaint Éphi'em. Depuis lors, cette dichotomie; pour me servii' d'une expression consacrée, a été reprise plus d'unfe Ibiâ eh médecine comnle en philosophie; De nos jours, les partisailâ

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du vitalisme ou dynamisme vital, et plus particulièrement encore ceu\ du duo-dynamisme, se rapproclunt beaucoup de cette ancienne opinion. Ainsi, d'après Bartliez et l'école de Montpellier, il y aurait dans l'homme, outn; l'àme et le corps, un principe spécial, à la fois distinct de l'un et de l'autre et uni à tous les deux, une véritable entité à laquelle on devrait rapporter tous les actes physiologiques et les opérations de la vie. Ou je me trompe fort, ou ce principe vital particulier, différent de ht matière organisée et de la substance pensante, resseaible beaucoup à la 'Ijyr, des anciens, par opposition au 'w;j.a et au v:uç, c'est-à-dire à l'organisme et à l'entendement. Eh bien, c'est contre cette division de l'homme en trois principes que TertuUien s'élève avec force ; et je crois que la vérité est de son côté'. Il n'admet pas la distinction réelle du principe vital, flatifs vitœ, et de Tàme pensante, animiis, mens, en tant que ce seraient deux substances dittérentes ^. A quoi bon, dit-il, scinder de la sorte l'unité humaine et introduire une troisième substance là où deux suffisent pour expliquer la vie organique et la vie intellectuelle? Le même principe qui fait de l'homme un être vivant, le constitue être pensant et raisonnant. Il vous plait de placer d'un côté le principe vital, et de l'autre le principe spirituel et intelligent, comme si c'étaient deux entités différentes, suhstantia duœ res; mais, dans ce cas, il pourrait donc arriver que l'esprit se séparât de l'àme, comme l'àme se sépare du corps; que l'esprit abandonnât le corps pendant que l'àme y reste ; car il y a possibilité de séparation entre des substances diverses. Que voyons-nous, au contraire'? L'amené

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