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en vertu d'une énergie spéciale, qui lui donne d'être ce qu'il est, un corps vivant et organisé, ayant une forme propre et permanente, un caractère d'individualité (jui le distingue de tout autre '. Je dois me borner à cette explication du sentiment de ïertullien sQr la puissance vivifiante de l'àme, sans entrer dans les détails qui ne seraient plus de mon sujet.
Après avoir déterminé la nature de l'àme, et ses rapports avec le corps, Tertullien examine les facultés qui la dis-
1. Ou s'est quelquefois mépris sur le sens de cette formule de saint Thomas et du concile de Vienne : « L'âme raisonnable est larforme substantielle du corps humain. » Rien n'est plus clair lorsqu'on prend ces mots dans le sens que leur assigne le langage de l'époque. Il est à peine nécessaire de faire remarquer qu'il ne s'agit nullement de la configuration du corps humain. Dans la terminologie scolastique, la forme est le principe de la détermination, de l'individualion, par opposition à la matière, qui est l'être indéterminé, pouvant devenir telle ou telle chose, mais ne l'étant pas encore. Pour bien saisir la pensée de saint Thomas sur les rapports de l'âme et du corps, il faut avoir égard à ce que le saint docteur rejette et à ce qu'il affirme. Il rejette deux erreurs, et il affirme deux propositions. La première errevu" est celle qu'il attribue à Platon et qui consiste à dire que l'âme est unie au corps couime un simple moteur, ut niotor, que son action se borne à mettre l'organisme en mouvement. 11 la combat, et avec raison (pars prima, qu.Lxx\n, art. i), en s'appuyant sur l'unité vivante du composéhumaiu. L'àme fait plus que de mettre lecorps en mouvement ; eUe lui donne d'être ce qu'il est, elle le détermine pour l'existence organisée, elle est le principe et la cause de sa vie, primum quo corpus vivit est anima. Voilà dans quel sens saint Thomas dit que l'Ame est unie au corps comme forme, ut forma, parce qu'en s'imissant à la matière elle la fait passer, par sou énergie propre, de la simple possibilité de devenir organisée à l'organisation elle-même. De cette première erreur en découlait ime seconde, qui consistait à dire que le corps vit par lui-même comme l'àme et avant sou union avec elle, partant que cette imion est purement accidentelle et temporaire: saiut Thomas rejette cette opinion, qui scindait l'unité humaine et mettait en péril le dogme de la résiu^rection des corps. Pour appuyer fortement sur l'imion des deux substances, il affirme que l'âme n'est pas seulement une forme accidentelle, mais substantielle, du corps humain, en ce sens que le corps naît à la ^ie par son union avec l'âme, et se dissout par là même qu'elle se sépare de lui.
tinguent. Il s'arrête d\ibord devant le lémoignage des sens, dont il défend la certitude contre les académiciens :
« On accuse, dit-il, la vue de mensonge, parce qu'elle représente comme fléchies ou brisées des rames plongées dans l'eau, contre l'évidence de leur intégrité ; parce qu'elle nous persuade qu'une tour carrée, aperçue de loin, est ronde ; parce qu'elle trouble la proportion d'un portique en le faisant paraître plus étroit à son extrémité; parce qu'elle confond le ciel avec la mer, bien qu'il soit suspendu à une si grande hauteur. L'ouïe n'est pas moins convaincue de fausseté. Par exemple, nous prenons pour un bruit venu du ciel le roulement d'un char: ou bien, si le tonnerre gronde, nous tenons pour certain que c'est un char qui résonne. Ainsi de l'odorat et du goût : les mêmes parfums, les mêmes vins, se déprécient dans la suite par l'usage. On n'épargne pas davantage le reproche au toucher : le pied estime polis les pavés dont l'aspérité offense la main ; au bain, la même masse d'eau qui brûlait d'abord, quelques moments après semble tempérée. Tant il est vrai, disent ces philosophes, que les sens nous trompent, puisque nos jugements varient \ »
Voilà bien ce que la sophistique de tous les temps a imaginé pour infirmer le témoignage des sens. Tertullien n'a pas de peine à faire justice de ces arguties. Les sens, dit-il, ne méritent aucun reproche, car ils rapportent exactement les phénomènes qu'ils perçoivent. Si leur relation n'est pas conforme à la réalité des choses, cela tient à des circonstances ou à des causes particulières qu'il appartient à la raison de connaître et d^apprécier. C'est l'eau qui, convertie en miroir par la lumière, réfléchit l'image de la rame en brisant la