TRAITÉ DE LAME
calement de l'intelligence dès l'instant qu'elle existe. Ici. Tertullien se trouvait amené à traiter la grande question de l'origine des âmes. Sur ce point il y a du vrai mêlé à du faux dans son enseignement. Quand le prêtre africain soutient que l'union de Uàme avec le corps ne date pas de la naissance de l'homme, mais de sa conception, il devance la science moderne, qui est généralement d'accord sur ce fait^ A coup sûr, ce sentiment est plus proi)able que celui de saint Thomas d'Aquin, qui suppose que l'élément initial du corps est uni en premier lieu à une âme purement sensitive, laquelle est annihilée dans la suite pour faire place à l'âme raisonnable. Une pareille hypothèse a le double tort de ne reposer sur aucun fondement et de compliquer sans profit une question déjà peu simple en elle-même. De plus, en définissant que la sainte Yierae a été exempte de la tache du péché originel dès le premier instant de sa conception, l'Église me paraît s'être prononcée, du moins indirectement, dans le sens de Tertullien et de saint Basile, à moins qu'on ne veuille admettre pour la Mère du Rédempteur une exceplion physiologique que rien ne justifie. Il est clair, en effet, (ju'il ne peut s'agir de péché originel, ni de grâce sanctitiante, là où il n'y a point d'âme. Donc, en affirmant que l'âme s'unit au corps dès le moment de la conception, et non après un intervalle plus ou moins long, Tertullien me semble avoir indiqué une solution conforme aux données de la science et de la révélation. Mais pouvons-nous en dire alitant de la singulière doctrine qui fait naître les âmes par voie de génération ? Assurément non. Nous rencontrons ici sur notre chemin la célèbre théorie du tradiicianisme, dont Tertullien
1. De Anima, xxvii. Voyez Debreyne, Essai sur la théologie murale considérée d^ns ses rapports avec la physiologie et la médecinp.
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s'est constitué l'orgrane et le défenseur. Voyous d'abord ce qu'il repousse touchant l'origine des âmes ; puis nous discuterons ce qu'il affirme sur ce grave sujet.
Platon, frayant la voie au.v gnostiques, avait enseigné la préexistence des âmes. D'après lui, les âmes humaines auraient vécu dans un monde antérieur à celui-là. Là, elles jouissaient d'une félicité sans mélange par leur participation à la vie et à l'intelligence divines. En descendant sur cette terre pour y revêtir un corps, elles oublient leur état primitif, sauf à s'élever de nouveau, par la contemplation des choses visibles, à la science des idées qui faisait leur bonheur, de telle sorte que, pour elles, apprendre, c'est se souvenir. Ter tullien combat vivement la réminiscence platonicienne et, avec elle, l'hypothèse de la préexistence des âmes. Comment pouvez-vous prétendre, dit-il à Platon, que l'àme ait perdu la connaissance des idées en passant dans le corps, vous qui ne craignez pas de régaler à Dieu, en affirmant qu'elle n'a pas été faite, qu'elle n'est point née, en d'autres termes, qu'elle est éternelle? Ce qui est éternel et divin est incapable d'oubli. Que si cette substance divine a été impuissante à garder le souvenir, de quel droit lui attribuez-vous le pouvoir de le rappeler'? Vous dites que l'àme possède la science des idées en vertu même de sa natm-e : dans ce cas, elle n'a pas pu la perdre; car nul être ne saurait se dépouiller des propriétés inhérentes à sa nature. Voulez-vous expliquer cet oubli par la longueur du temps écoulé depuis lors? Le temps n'affecle pas ce qui, selon vous, est inné et, par suite, éternel. Qu^importe la multitude des années pour qui échappe à toute altération? Le cours d'une vie entière ne saurait suffire à effacer la mémoire d'une existence éternelle. Attribuez-vous au corps la cause de cet oubli? Il n'est pas croyable qu'une substance