‹ TertullienChapitre 168 sur 237 · I. De Anima, xxiv · texte numérisé non relu

I. De Anima, xxiv

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LA SCIENCii: DE L 'HOMME. 339

des contraires. Opinion chimérique, s'écrie le prêtre de Cartilage; car la vie a précédé la mort. A l'origine des choses il n'y avait que des vivants, lesquels sont morts dans la suite. De quel droit affirmez-vous que cette loi primitive a été changée, et que ce sont maintenant les vivants qui naissent des morts? Autant vaudrait dire que la vue procède de la cécité, l'enfance de la vieillesse, et la sagesse de la folie. De plus, dans votre hypothèse, chacun devrait renaître de chacun; nous voyons, au contraire, que plusieurs naissent d'un seul. Enfin, pour conserver son identité, chacun devrait renaître avec le caractère, les goûts et les aptitudes qui le distinguaient dans la vie précédente : alors l'exemple du paisible Pythagore, soldat fougueux, huit siècles auparavant, est fort mal choisi. Selon vous, Dieu fait passer les âmes dans d'autres corps, pour les récompenser ou pour les punir. Mais ce but ne serait atteint qu'autant que les âmes se souviendraient des actes de la vie antérieure, et l'expérience prouve le contraire; or, là où il n'y a nulle conscience du mérite ni du démérite, il ne saurait être question de récompense ni de châtiment. Cette réflexion est éminemment juste. Encore moins, continue le spirituel et mordant écrivain, peut-on admettre que les âmes humaines passent dans le coi'ps des bêtes. Empédocle rêve qu'il a été poisson : pourquoi pas plutôt melon ou caméléon, insensé que vous êtes? Il y a des différences essentielles entre l'âme humaine et celle des bêtes : transportei' la première dans le corps d'une bêtCj c'est vouloir assodei* entre elles deux substances incompatibles, qui n'ont pas été faites l'une pour Tautre. Parmi les preuves que Tertullien fait valoir contre la métempsycose, j'en trouve une qui lui fournit l'occasion de tracer un magnifique tableau des progrès de la civilisation. Si les âmes, dit-il, ne faisaient que vOyagei*

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diiii corps dans un autre, il faudrait en conclure que le nombre des hommes est resté le même depuis le commencement. Que voyons-nous, au contraire ?Le genre humain s'est accru par degré, et cette multiplication est devenue la source d'un immense développement :

« Assurément, il suffit de jeter les yeux sur Punivers pour reconnaître qu'il devient de jour en jour plus riche et plus peuplé qu'autrefois. Tout est frayé; tout est connu; tout s'ouvre au commerce. De riantes métairies ont fait oublier les déserts les plus fameux; les champs ont dompté les forêts; les troupeaux ont mis en fuite les bêtes sauvages; les sables sont ensemencés; les rochers ouvrent leur sein à la végétation; les marais sont desséchés; il s'élève plus de villes aujourd'hui qu'on ne voyait autrefois de chaumières. Les lies ont cessé d'être un lieu d'horreur; les écueils n'ont plus rien qui effraie; partout des maisons, partout un peuple, partout une société, partout la vie. Gomme témoignage décisif de l'accroissement du genre humain, nous sommes devenus un fardeau pour le monde ; à peine si les éléments nous suffisent; les nécessités deviennent plus pressantes; Une même plainte est dans toutes les bouches : la nature va nous man- (juer \ )>

Tertullien avait réfuté l'hypothèse de la préexistence des âmes, appuyée sur la théorie platonicienne de la réminiscence, et avec elle la doctrine de la nitlempsycose. 3Iais il ne suffisait pas d'avoir écarté les erreurs de la philosophie ancienne touchant l'origine des âmes; il fallait, en outre, exposer la vraie doctrine sur ce point important. Les âmes naissent-elles, comme le corps, par voie de génération 1 Ou

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