De Anima, xxx
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bien Dieu les a-t-il créées toutes ensemble dès l'origine du monde? Ou, enfin, Dieu les crée-t-il successivement, suivant un décret éternel qui les" appelle à l'existence par le seul fait que certaines conditions sont posées dans le temps et dans l'espace? Telle est la question qui se présentait au théologien de Carthage et qui allait le mettre en face des plus graves problèmes de l'anthropologie chrétienne.
T. it. <ii
TRENTE-QUATRIÈME LjEGON
Le Iraducianisine. — Comineut Tertullien s'est vu amené à soutenir ce système. — Cette explication de Torigine des Ames est inadmissible. — Hypothèse de la création simultanée des âmes. — Vices de cette théorie. — La doctrine de la création successive des âmes, seule conforme aux saines notions de la théologie et de la philosophie. — Psychologie chrétienne.- Doctrine du libre arbitre; — du péché originel. — Conditions actuelles de la nature humaine. — La mort, suite du péché. — Le sommeU et les songes. — Fins dernières de Thomme. — L'état des âmes après la mort. - Le spiritisme à l'époque de Tertullien.
Messieurs,
Nous en étions restés à cette partie du traité de VAme oii Tertullien, après avoir déterminé la nature de la substance spirituelle et ses rapports avec le corps, ainsi qiie les fonctions propres aux sens et à l'intellect, se propose de résoudre l'un des plus graves problèmes d'anthropologie. D'abord, il écarte l'hypothèse de la préexistence des àraes, en combattant avec force la théorie platonicienne de la réminiscence. Il n'a pas plus de peine à réfuter le système de la métempsycose^ qui se rattache au précédent par divers côtés. Mais la ques' tion de l'origine des âmes n'était point tranchée par cette démonstration purement négative. Gomme nous l'avons dit trois opinions ont divisé les esprits sur ce point, suivant qu'on se prononce pour la génération des âmes, ou pour leur création simultanée, ou enfin pour leur tréàtioil successive. Entre
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ces sentiments contraires, Tertullien a choisi le moins plausible de tous, celui qui suppose la propagation des âmes, en d'autres termes, le traducianisme.
Pour bien comprendre comment le prêtre de Carthage s'est vu amené à soutenir cette singulière doctrine, il faut se rappeler quelles erreurs il s'appliquait à détruire. Certains matérialistes de l'antiquité, dont il cite les noms, aujourd'hui oubliés, s'appuyaient sur des raisons d'étymologie pour prétendre que l'àme s'introduit dans le corps du nouveau-né par le contact de l'air froid ', ou bien que l'enfant l'aspire en naissant avec son premier souffle. Platon lui-même avait paru s'exprimer dans ce dernier sens. A cela Tertullien répond, avec beaucoup de raison, que l'union de l'âme avec le corps précède la naissance, et date de la conception même : les observations physiologiques qu'il présente sur la vie de l'enfant dans le sein de la mère sont d'une justesse que relève encore la poésie du langage ^. Mais, suivant une tendance qui rie lui est que trop habituelle, il exagère la thèse qu'il veut défendre. Il ne lui suffît pas de dire que Tàme est déjà unie au corps avant la naissance; pour écarter le sentiment de ses adversaires, il croit devoir soutenir que l'àme de l'enfant se trouve contenue en germe dans celle des parents, d'où elle se détache pour acquérir sa vie propre. Nous retrouvons ici ces représentations trop matérielles, où l'entendement cède le pas à l'imagination. D'après le théologien du troisième siècle, il y aurait une semence pour l'âme, de même qu^il en 'est une qui produit le corps; et toutes les âmes auraient été renfertnées virtuellement dans l'âme d'Adam^ d'où elles sortent
i. Vuy(^T), âme; i|,uyo;, froid, fraîcheur. 2. De Anima, xxv, xxvi.
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comme autant de ruisseaux qui dérivent d'une source primitive et unique '. Je vous fais grâce, Messieurs, des raisons physiologi([ues sur lesquelles il appuie son sentiment, parce qu'elles n'ont aucune valeur. Par là il croyait expliquer d'une manière satisfaisante les qualités et les aptitudes héréditaires dans les familles; et, d'un autre côté, il s'imaginait avoir placé hors d'atteinte le dogme de l'unité de la race humaine, comme celui de la transmission du péché originel. Il faut bien le dire, la question était neuve. Ici revient la distinction qui s'établit d'elle-même entre la foi et la science. Certes, ni l'unité de la race humaine, ni la transmission du péché originel à toute la descendance d'Adam ne formaient l'objet d'un doute dans l'Église universelle : le christianisme repose tout entier sur ce double fait. Mais, comment expliquer scientifiquement la propagation du genre humain, et la participation de tous à la faute d'un seul? Là-dessus, le champ restait ouvert au libre travail des intelligences. Évidemment, la solution de ces deux problèmes dépendait en grande partie du sentiment qu'on embrasserait touchant l'origine des âmes. Or, au cinquième siècle encore, saint Augustin hésitait entre l'hypothèse de Tertullien et la doctrine dont saint Jérôme, son ami, s'était constitué l'ardent défenseur. Il aurait aimé pouvoir trouver des raisons suffisantes pour embrasser le sentiment de saint Jérôme; mais n'ayant rien découvert de certain sur ce point dans les écritures canoniques, il persistait à incliner vers letraducianisme, tant ce système lui paraissait offrir d'avantages pour expliquer la transmission du péché originel *. Bien plus, à la fin du sixième siècle, le pape