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Pensées, l'^ paitie, art. v, n

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t-elle pas quelque droit de connaître les désordres qui se glissent parmi ses membres et qui troublent ainsi l'harmonie du corps entier ? Sans doute, cette manifestation universelle des consciences n'est réservée qu'au siècle futur : c'est alors seulement que se réalisera cette transparence des âmes qui s'ouvrent chacune au regard de toutes ; mais n'est-ce pas la gloire de l'Église catholique d'avoir voulu ébaucher sur la terre, dans les premiers siècles de son existence, cette merveille de l'avenir ? Et si, en présence des révoltes de l'orgueil, elle a dû renoncer à une pratique que rendaient possible les premières ferveurs de la foi, qui donc serait assez peu soucieux de la dignité morale pour lui faire un reproche d'avoir cherché à réaliser dans toute sa perfection l'idéal de l'union spirituelle et de la fraternité des âmes ?

Pardonnez- moi, Messieurs, de m'être laissé entraîner à cette digression sur la confession publique : aussi bien n'était-elle pas inutile pour l'intelligence de l'ouvrage que nous étudions aujourd'hui. En s'élevant avec tant de force contre ceux qui, par fausse honte, « cachent leurs péchés aux hommes, comme s'ils pouvaient aussi les cacher à Dieu », le prêtre de Carthage reconnaît, avec toute l'antiquité chrétienne, la néces" site d'un aveu extérieur des fautes pour en obtenir le pardon. S'il parle d'une absolution publique (palam absolvi) donnée à ceux qui s'agenouillaient devant les prêtres au milieu de l'assemblée des fidèles (presbyteris advolvi)en déclarant leurs huies (publicationem sut), c'est que l'Église, agissant dans la plénitude de son pouvoir disciplinaire, exigeait alors ce mode de déclaration pour certaines classes de péchés. Or, si l'Église a le droit d'exiger cet aveu public, comme nos adversaires sont obligés de le reconnaître sous peine de renier les trois premiers siècles, à plus forte raison peut-elle se con-

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tenter de la confession secrèle tiiite aux prêtres en particulier. Tous les passaf,'es dos anciens Pères (|ui mentionnent la confession puljlique, téinoigiienl a fortiori en fav(!iir de la con* fession auriculaire ou privée, qui est la forme de l'aveu la plus mitigée et la plus adoucie. En tout cas, les protestants, qui n'admettent ni l'une ni l'autre, se trouvent en contradiction llagrante avec la doctrine et la pratique de l'Église primitive. Mais, d'ailleurs, la confession publique excluait-elle le moins du monde la confession secrète? Bien au contraire, elle la supposait en règle générale. De l'aveu de tous les critiques, sans en excepter un seul, il n'y avait que certaines catégories de pécheurs qui dussent s'astreindre à la pénitence ou à la confession publique. Il s'agissait donc chaque fois d'opérer ce discernement préalable, lequel ne pouvait se faire que d'après la déclaration particulière du délinquant luimême. Or, c'est à l'évêque ou aux prêtres seuls quïl appartient de juger si tel péché avait une gravité suffisante pour entraîner cette peine extrême ; par conséquent l'aveu secret devait nécessairement précéder la confession publique. Ce n'est point là. Messieurs, une simple conjecture : pour prouver que les choses se passaient de la sorte dans les premiers siècles, je citerai deux témoins dont on ne récusera pas l'autorité, l'un, contemporain de Tertullien et appartenant à l'Église d'Orient; l'autre, postérieur au prêtre deCarthageet ayant comme lui honoré de son génie la terre d'Afrique et l'Église d'Occident : Origène et saint Augustin.

« Yoyez, dit le prêtre d'Alexandrie, ce que la divine Écriture nous enseigne, qu'il ne faut pas garder intérieurement ses péchés. Car, de môme que ceux dont l'estomac se trouve surchargé d'un aliment indigeste, d'humeurs et de flegmes (|Lii leur pèsent et les tourmentent, se relèvent à l'instant

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même, s'ils viennent à les vomir, ainsi le pécheur qui cache et retient ses fautes en dedans de soi, est oppressé et comme suffoqué par l'humeur et le flegme du péché; mais qu'il devienne son propre accusateur, qu'il dénonce et confesse son état, il vomit aussitôt avec le péché la cause de cette maladie interne. Seulement soyez circonspect, examinez à qui vous devrez confesser votre péché; connaissez d'avance le médecin auquel il faudra exposer la cause de votre langueur : qu'il sache se faire infirme avec les infirmes, pleurer avec ceux qui pleurent, qu'il soit instruit dans cette discipline de condoléance et de .compassion, de telle sorte enfin que vous suiviez fidèlement les conseils de ce médecin habile et miséricordieux. S'il trouve et s'il juge que votre maladie est telle qu'elle doive être exposée devant toute l'Église, et qu'il faille recourir à ce remède aussi propre à vous guérir qu'à édifier, les autres, vous retirerez un grand profit de votre dociUté à suivre les avis de ce médecin expérimenté*. »

Je ne crois pas. Messieurs, qu'on puisse désirer un témoignage plus net ni plus explicite. D'après Origène, le fidèle doit déclarer au prêtre tout ce qui charge sa conscience; et c'est au médecin spirituel qu'il appartient de décider si les fautes sont telles que la confession publique doive suivre cet aveu reçu sincèrement au tribunal de la pénitence. Saint Augustin va nous apprendre que les choses ne se passaient pas autrement dans l'Église d'Occident :

« Que le pécheur, dit l'évêque d'Hippone, aille se présenter aux pontifes; car c'est à eux qu'a été confiée l'administration

1. Origène, Homélie 2» sur lepsaume xxxvii. Il est évident que le médecin dont parle Origène u^est pas un fidèle quelconque, mais le prêtre seul : <c C'est au prêtre, 'dit-il ailleurs, que le fidèle ne rougit point de déclarer ses péchés. » (Homélie 2» sur le LéviUqiie.)

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des cU'fs dans l'E^diso : ()u il observe en bon fils l'ordre établi entre les membres de cette sainte mère, en acceptant de ceux qui sont préposés aux sacrements le mode convenable de cette satisfaction, afin (|ii'ii ollVe avec dévotion et en toute simplicité le sacrifice d'un cœur contrit. Qu'il accomplisse ce qu'il faut faire non seulement pour recouvrer le salut, mais encore pour servir d'exemple aux autres. Si son péclié lui a causé un fïrand dommage et beaucoup de scandale aux autres, si le pontife juge expédient, pour l'utilité de l'Église, que ce ptVhé vienne à la connaissance de plusieurs, ou même du peuple entier, qu'il n'oppose ni résistance ni refus, et que par honte il n'aille point ajouter une tumeur funeste à une plaie déjà mortelle*. »

Ainsi la confession faite au prêtre en particulier précédait la confession publique, qui n'avait lieu qu'autant que le juge spirituel l'estimait nf'cessaire on utile. Il serait superflu d'insister davantage sur un point si clairement établi. Revenons à l'exomologèse telle que Terlullien l'a décrite. Après avoir inculqué vivement dans l'esprit de ses lecteurs la nécessité d'un aveu extérieur des fautes pour en obtenir le pardon, il cherche à détruire la résistance qu'opposaient les âmes molles et efféminées aux rudes labeurs de la pénitenr'e chrétienne. Ici le prêtre de Carthage retrouve ce ton d'ironie qu'il aime à prendre, lorsqu il veut accabler le vice sous le fouet de la satire.

« 3Iais que dire si, outre la honte qui est le principal argument, ils redoutent encore la mortification corporelle ? Quoi donc, s'écrient-ils, renoncer au bain, porter des vêtements souillés, s'interdire toute joie, vivre .ians la rudesse du

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sac, SOUS le dégoiit le la cendre, avec la pâleur d'un visage amaigri par le jeûne ! — Est-ce donc sous la pourpre de Tyr qu'il convient de pleurer ses péchés ? Eh bien ! soit : voilà une aiguille pour séparer vos cheveux ; voilà une poudre pour relever l'éclat de vos dents ; voilà des ciseaux de fer ou d'acier pour façonner vos ongles. Répandez sur vos lèvres ou sur vos joues cette blancheur menteuse, cette rougeur hypocrite ; allez chercher des bains délicieux dans la retraite de quelque villa ou sur les côtes de la mer ; ajoutez à vos dépenses ; chargez votre table d'oiseaux rares ; savourez la vieillesse des vins ; et lorsqu'on vous demandera pourquoi cette abondance, répondez : « J'ai péché contre Dieu, je suis en danger de périr éternellement : voilà pourquoi je ne sais que faire pour me macérer, pour me crucifier et me réconcilier ainsi avec le Dieu que j'ai offensé par mes prévarications... Ah ! l'exomologèse te fait peur : eh bien, pense aux flammes de l'enfer que l'exomologèse éteindra pour toi : réfléchis à la grandeur du châtiment, et tu n'hésiteras plus sur l'adoption du remède *. »

Jamais orateur sacré n'a dépassé cette véhémence de langage ; et nous pouvons ajouter que Tertullien n'a déployé nulle part ailleurs un talent plus vigoureux. S'il fallait classer les compositions de ce grand écrivain dans l'ordre de leur mérite, je n'hésiterais pas à ranger la deuxième partie du traité de la Pénitence parmi les meilleurs morceaux qui soient sortis de sa plume. On y sent la maturité d'un esprit parvenu à l apogée de sa force. Et pourtant, telle est la richesse de cette nature délite qu'elle va se révéler à nous sous des aspects nouveaux dans une série de pièces qui témoigneront à l'envi d'une si rare fécondité.

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