‹ TertullienChapitre 173 sur 237 · Adv. Marcionem, ii · texte numérisé non relu

Adv. Marcionem, ii

2. Ibid., 11, 6. « Sed et alias quale erat ut totius inuudi possidens liomo, non ia primis aaimi sui po?se?sioiie regnaret, aliorum dominus, sui famulus, »

qui constitue sa vraie souveraineté, c'est l'empire qu'il est appelé à exercer sur les puissances de son âme. Mais, par cela même qu'il dispose librement de ses actes et de sa destinée, il peut déchoir de son état primitif par une fausse direction qu'il imprime à sa volonté. Car le bien n'est pas essentiel à l'homme; c'est un don que Dieu lui communique. S'approprier le bien comme une qualité acquise à prix d'efforts, devenir bon par choix, et non plus seulement en vertu d'une communication divine, voilà le but assigné à notre activité morale : c'est en cela que consistent la grandeur de l'homme et son mérite. Le passage où Tertullien exprime ces idées est l'un des plus beaux que l'on puisse rencontrer dans la littérature chrétienne :

« Dieu seul est bon de sa nature. Celui qui possède un attribut incréé ne le possède point par communication, mais par essence. Au contraire, l'homme, qui est tout création, a eu un commencement, et avec ce commencement il a' reçu une forme et un mode d'existence ; par conséquent, il a été disposé pour le bien, non par nature, mais par le fait de sa création ; il n'a pas en propre ce qui le rend bon, mais il le tient par pure concession de Celui duquel tout bien émane. Or, afin que le bien pût devenir sa chose, sa propriété, j'allais dire sa nature, Dieu l'a émancipé, en lui donnant le libre arbitre comme une balance tenant l'équilibre entre le bien et le mal, de telle sorte que l'homme pût faire le bien sans y être forcé. C'est par là seulement que la bonté pouvait devenir volontaire, la liberté n'étant pas enchaînée à l'institution primitive. Il ne suffisait pas que l'homme fût bon par communication, il fallait encore qu'il le devînt de son choix, comme par une propriété de sa nature, afin que, rendu plus fort contre le mal, il pût triompher librement des assauts

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que Dieu avait prévus. Enlevez-lui son libre arbitre : enchaîné au bien par nécessité, au lieu de s'y porter volontairement, il deviendra aussi le jouet du mal par la faiblesse d'une nature servile, toujours esclave, tantôt du mal, tantôt du bien. C'est pourquoi toute liberté a été donnée pour l'un comme pour l'autre, afin que, maître de lui-même, il pût spontanément se maintenir dans le bien et éviter le mal. D'ailleurs, les jugements de Dieu attendent l'homme au terme de sa carrière. Il fallait bien ([ue l'homme en proclamât la justice par les mérites d'un choi\ libre. Si, au contraire, le bien ou le mal était une nécessité de sa nature, et non un effet de sa volonté, où serait la justice de la récompense, la justice du châtiment* ? »

Cela posé, l'existence du mal dans le monde s'explique sans la moindre peine. Ne possédant pas le bien par essence, mais par communication ; destiné à rester bon en vertu de son libre choix, et non d'une nécessité, l'homme pouvait déchoir de son état primitif, et, par le fait, il en est déchu. 11 n'y a que l'ignorance ou la mauvaise foi qui puissent tirer de là une conclusion quelconque contre la bonté divine. En accordant à l'homme le pouvoir de faire le bien. Dieu n'était pas tenu de lui assurer l'impeccabilité*. L'homme n'a point péché « par le principe qui le rend semblable à Dieu, » mais par l'abus d'une faculté qu'il avait reçue pour une fin toute différente". » Or, en cédant de la sorte aux suggestions de l'esprit du mal. Adam a perdu toute la race humaine, comprise et renfermée en lui comme dans son chef physique

i. Adv. Marcionem, ii, 6.

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