Ibid., II
3. Ibid., Il, 9. c( Non per illud qnod illi cnni Dpo affine est, etc, »
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et moral. Ici le premier écrivain de l'Église d'Afrique formule le dogme du péché originel avec une force et une netteté de langage que saint Augustin lui-même n'a pas surpassées :
« Nous reconnaissons Satan pour l'ange du mal, pour l'artisan de l'erreur, pour le corrupteur du monde, pour l'ennemi par lequel l'homme, circonvenu dans l'origine, transgressa le précepte de Dieu, fut livré à la mort en conséquence de cette révolte, et légua à une postérité qu'il corrompit dans son germe, Théritage de sa condamnation... Ce qu'il y a d'irraisonjaable dans l'homme provient de la suggestion du serpent, je veux dire cette prévarication première qui s'implante dans l'àme et croit avec elle à l'instar d'une propriété naturelle, comme étant survenue dès le commencement de la nature... Le Seigneur l'a déclaré : « Si quelqu'un «■ ne renaît de l'eau et de l'esprit, il n'entrera pas dans le « royaume de Dieu ; » c'est-à-dire il ne sera pas saint. Ainsi toute âme reste dans le cetis d'Adam, jusqu'à ce qu'elle soit comprise dans le recensement du Christ : impure, et par cela même pécheresse, aussi longtemps qu'elle n'a pas pris cette seconde naissance*. »
Vous jugerez sans doute comme moi qu'il serait difficile de s'exprimer plus clairement sur la corruption de la nature humaine dans Adam et sur la transmission de ce vice originel à tous les hommes. Aussi, dans sa controverse avec les Pélagiens, saint Augustin ne fera que reprendre la thèse de son
1. De Testim. animœ, m. « Totum geuus de suo sernine infectum, suse ctiam damnationis traducem fecit. » — De Anima, xvi. « Atque exinde inoleverit et coaduleverit in anima. » Saint Augustin reproduit cette phrase presque littéralement, quand il dit du péché originel : « Vitium pro natura inolevit. » f/6td., xl.)
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devancier, en la développant avec cette puissance d'argumentation qui lui est propre. Est-ce à dire néanmoins que le péché originel ait détruit dans l'iionmie toute force, toute aptitude naturelle pour connaître le vrai et pour pratiquer le bien ? Luther, Calvin et, après eux, Baïus, Jansénius, auraient parlé de la sorte; mais l'Église primitive repoussait avec force ces exagérations; et le prêtre de Carthage ne faisait que traduire éloquemment le sentiment général, lorsqu'il dépeignait ainsi la condition intellectuelle et morale de l'homme après la chute :
« La corruption de la nature est comme une autre nature, ayant son dieu et son père, à savoir l'auteur de la corruption lui-même, de telle sorte néanmoins qu'elle n'exclut pas, comme bien de l'àme, ce qu'il y a de principal, de divin, de pur, de proprement naturel. En effet, les choses qui sont de Dieu s'éteignent moins qu'elles ne s'obscurcissent. Elles peuvent s'obscurcir, parce qu'elles ne sont pas Dieu ; elles ne sauraient s'éteindre, parce qu'elles sont de Dieu. C'est pourquoi, de même que la lutnière an-êtée par quelque obstacle demeure, sans bt-iller, si l'obstacle est assez épais pour cela, ainsi le bienj étouffé dans l'âme par l'intensité plus ou moins grande du mal, ou disparait complètement en cachant sa iurnière, ou rayonne par toutes lés issues en recouvrant sa liberté. Ainsi y a-t-ildes méchants et des bons, quoique nous ayons tous une âme de nature semblable; ainsi se rencontret-[\ quelque bien dans les plus pervers, quelque mal dans les plus veïtuéuxj car Dieu seul est sans péché, et le Christ est le seul homme sans péché, parce que leCht-ist est Dieu. Ainsi encore la divinité de lame, en vertu de son bien antérieurj éclate-t-elle en présages, et la conscience prend-elie une voix pour rendre témoignage à la vérité : Dieu est bon I Dieu me
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voit ! — Je m'abandonne à Dieu f Gonséquemment il n'y a pas d'àme sans souillure, paire rpi'il n'est point d"àme qui n'ait la semence du bien^ »
Nous voilà loin de ces théories extrêmes par lesquelles Luther, Calvin, et à leur exemple, les jansénites, s'efforçaient d'établir que le pécht- originel n'a laissé dans l'homme déchu ni aptitude pour la vérité religieuse, ni capacité naturelle pour le bien. S'il en était ainsi, la grâce ne trouverait dans la nature humaine aucun point de rattache, la foi ne saurait jamais devenir raisonnable, et la rédemption ne ferait que dissimuler, sans la guérir, une corruption au sein de laquelle il ne reste plus ni étincelle de lumière ni germe de bien. J'aimais à citer cette page de Tertullien, pour montrer une fois de plus qu'i. ne mérite pas le reproche d'avoir méconnu la puissance naturelle de la raison ni les bons instincts qui survivent dans Thomme déchu à la perte de la justice originelle. Il est vrai que ces débris ne suffiraient d'aucune façon pour reconâtruiré dans son ensemble l'édifice de là vérité et de la moi*alité humaine; encore moins ces ressources naturelles de l'intelligence et de la volonté auraient-elles quelque proportion avec la fin surnaturelle que Dieu nous propose; C'est pourquoi le prêtre de Carthage se hâte d'ajouter que Tàme a besoin de renaître dans le Christ, comme elle est morte dans Adam. Mais, avant d'apprécier son exposition des mystères de l'Incarnation et de la Rédemption, il importe de voir comment il a résolu deux ou trois problèmes d'anthropologie qui terminent le traité de VAme.
Déjà, Messieurs, vdus avez pu juger du caractère de cet ouvrage, auquel rien né ressemble dans la littérature chré-
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tienne dos trois premiers siècles : c'est inie véritable histoire de Tàme depuis son oriprine jusqu'à sa séparation d'avec le corps. Avant de la suivre dans les divers états où elle pourra se trouver après sa sortie de ce monde, Tertullien observe de près l'étonnant phénomène qui nous offre une image anticipée de la mort, je veux, dire le sommeil. Il repousse l'opinion des anciens philosophes, qui cherchaient en dehors de la nature des raisons pour expliquer ce fait. Rien de plus naturel, dit-il, que cette loi établie de Dieu pour réparer les forces de Thomme. En agissant toute seule pendant le sommeil des sens, l'àme témoigne de l'immortalité qui lui est propre, et prélude à son état futur, où elle devra continuer d'agir sans le secours de l'organisme. Toujours prompt à saisir la cause morale des choses par-dessus leurs raisons physiques, le philosophe chrétien développe en beaux, termes les leçons qui ressortent pour nous de cette loi providentielle :
« Dieu expose à tes regards le corps brisé par la puissance bienfaisante du sommeil, abattu par l'agréable nécessité du repos, gisant dans cet état d'immobilité où il s'était trouvé avant de vivre, où il se trouvera après la mort, pour témoigner ainsi de sa formation et de sa sépulture, attendant l'âme comme s'il ne l'avait pas encore, ou qu'elle lui fût déjà retirée. Quant à l'àme, elle est affectée de telle sorte qu'elle semble exercer ailleurs son activité ; elle dissimule sa présence pour préluder à son absence future ; et pourtant elle rêve dans l'intervalle sans se reposer, sans se li\Ter à l'inaction, sans asservir au joug du sommeil sa nature immortelle. Elle prouve par là qu'elle est toujours en mouvement : sur terre, sur mer, elle voyage, commerce, s'agite, travaille, joue, se plaint, se réjouit, poursuit ce qui est licite et ce qui
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he l'est pas, montre que, même sans le corps, elle peut beaucoup, pourvue d'organes à elle; ce qui ne l'empêche pas d'éprouver qu'elle est dans la nécessité d'imprimer de rechef le mouvement au corps. Celui-ci, rendu à ses fonctions aussitôt qu'il se réveille, te confirme la résurrection des morts. Telle sera la raison naturelle et la nature raisonnable du sommeil. Jusque par l'image de la mort, tu es initié à la foi, tu nourris ton espérance, tu apprends à mourir et à vivre, tu apprends à veiller pendant que tu dors^ »
A la question du sommeil venait se rattacher celle des songes. TertuUien attribue à l'âme une vertu, qu'il appelle l'extase, et qui lui permet d'agir lors même que les sens sont liés, et leur opération suspendue. Cette extase naturelle peut se produire pendant le sommeil, où l'àmc est emportée ailleurs par le mouvement qui lui est propre, tandis que le corps demeure dans un état d'immobilité complète. La plupart des songes sont le résultat de cette activité, qui se prolonge malgré l'engourdissement des organes. Beaucoup de rêves se réduisent à une simple réminiscence de ce qui avait frappé l'àme à l'état de veille. Enfin, à côté de ces phénomènes purement naturels, le prêtre de Carthage admet l'intervention de Dieu, et même celle des démons pour un certain nombre de songes. S'il ne porte pas une critique assez sévère dans l'examen des faits qu'il cite, on ne saurait contester le principe sur lequel repose sa théorie^. Dieu peut manifester la vérité aux hommes par tel moyen qu'il lui plait, et l'Écriture sainte nous offre à cet égard des exemples dont l'autorité domine toute discussion.