‹ TertullienChapitre 175 sur 237 · Ibid., xLv, xLix · texte numérisé non relu

Ibid., xLv, xLix

358 TRAITK DK L'AME.

Si le sommeil est une image de la mort, la mort est une dette de la nature, mors naturœ debitum. Ce n'est pas, dit Tertullieii, que l'homme fût destiné primitivement à mourir; sans le péché, il n'aurait jamais connu la mort, qui en est le châtiment. Sous ce rapport, il est vrai de dire que le fait qui nous étonne le moins est de tous le plus contraire à la nature. De là vient que la société du corps et de Pâme ne se dissout jamais sans une cause violente qui les arrache l'un à l'autre. Oui, jusque dans les morts les plus paisibles, on retrouve ce déchirement qui atteste les répugnances de la nature humaine pour une loi sous laquelle le péché seul l'a fait tomber :

« Pareille est la force qui pousse les vaisseaux, lorsque, loin des écueils de Gapharée, sans être battus par la tempête, ni assaillis par les vagues, ils s'avancent sous des brises favorables, et glissent sur la mer ait milieu des chants de l'équipage : entr'ouvrant tout à coup leurs flancs déchirés, ils disparaissent avec toute leur sécurité. C'est ainsi que les morts les pins paisibles n'en sont pas moins des naufrages de la vie. Que le navire de notre corps s^en aille tout entier ou mis en pièces, qu'importe, puisque la navigation de l'àme est arrêtée * ? »

La brillante imagination de Tertullien ne trouve pas des couleurs moins vives pour dépeindre la situation de l'àme au milieu des défaillances du corps près de s'affaisser sur lui-même et de tomber en dissolution :

« Tandis que les organes du corps sont ravagés par un outrage particulier à chacun d'eux, l'àme, contrainte de se retirer elle-même à mesure que ses instruments, ses domi-

). De Anima, lu.

ciles et ses espaces tombent en ruine, semble s'amoindrir aussi, comme le conducteur d'un char parait défaillir quand la fatigue de ses chevaux trahit leurs forces, privé qu'il est d'un secours nécessaire, sans éprouver lui-même d'affaiblissement. Ainsi l'esprit animal, qui est le cocher du corps, tombe en défaillance, parce que son véhicule vient à lui manquer; privé de son'opération, mais non de sa vigueur; s'alanguissant dans son activité, mais non dans sa nature^ épuisant sa constance, mais non sa substance, parce qu'il cesse de paraître, sans pourtant cesser d'être \ »

Un traité complet sur l'origine, la nature et les destinées de l'àme devait nécessairement se terminer par une exposition des fins dernières de l'homme. Ici, Tertullien mêle quelques vues erronées à l'enseignement de la foi; ou dit moins son langage est peu net sur divers points. Ce qui est de nature à engendrer la confusion, c'est qu'au lieu d'employer le mot enfer pour désigner uniquement le séjour des damnés, il s'en sert conrnie d'un terme générique qui exprime le lieu où se rendent les âmes après la mort. Il est vrai que l'auteur distingue clairement le paradis qu'habitent déjà les patriarches et les prophètes depuis la résurrection du Seigneur ^. Mais, cela posé, il reste quelque incertitude touchant ses opinions sur la béatitude céleste. Tel passage ferait supposer que Tertullien n'admet que les martyrs à la participation de la vision béatifique avant le jugement général, tandis que les autres âmes seraient tenues en réserve dans les lieux bas de la terre jusqu'au jouï du Seigneur. Ailleurs, il semble se borner à dire que les âmes des justes ne jouissent pas,

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