De Carne Christu m; adv. Marcionem, m
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l'œuvre de la nature. Et eonimcnt donc es.-tu né :' Tu hais l'homme qui vient au monde: alors, comment peux-tu aimer quelqu'un? Certes, tu ne t'es pas aimé toi-même, quand tu as rompu avec l'Église" et avec la toi du Christ. Mais à toi de savoir si tu te déplais ou si tu es né autrement: il n'en est pas moins vrai que cet homme conçu dans le sein de la femme, formé dans l'abjection, enfanté dans la honte, élevé avec des caresses qui te semblent dérisoires, le Christ l'a aimé. C'est pour lui qu'il est descendu, pour lui qu'il a prêché, pour lui qu'il s'est anéanti jusqu'à la mort etàla mortde la croix. Oui, il faut bien qu'il Tait aimé, puisqu'il l'a racheté à un tel prix '. »
C'est ainsi que Tertullien cherche dans l'amour divin le motif suprême de l'incarnation du Verbe, en même temps qu'il s'appuie sur la dignité de notre nature, pour écarter de la naissance humaine l'opprobre dont d'orgueilleux sophistes prétendaient la couvrir. Cela prouve. Messieurs, que le res-= pect de riiomnie grandit avec la foi, comme il s'affaiblit et se perd par l'incrédulité. Certes, jamais écrivain de l'Église ne s'est avisé de dii'e, avec une certaine école, qu'il y avait une époque où l'homme ne se distinguait pas de l'animal, et qu'encore aujourd'hui l'humanité offre dans son ensemble un assemblage d'êtres bas, égo'istes, supérieurs à l'animal en cela seul que leur égol'sme est plus rétléchi ^ Si le christia^ nisme a eu à se défendre d'un reproche, c'est d'avoh* fait l'homme trop grand, puisqu'il l'élève jusqu'à Dieu par l'Incarnation, et qu'il le juge capable d'entrer par la grâce en participation dé la nature divine. Au troisième siècle comme
1. Adv. MarcionetH, m, il; de Carne Christi, \\. ■2. Vie d'' Jôsus, ilar ^f. Tlf^uan, p. 2. \"û.
DE l/INGAR.NAl'ION DU VERBE. ."ijo
aujourd'hui, ceux qui étaient les plus prompts à exalter l'oryueil de l'honime se montraient les moins empressés à reconnaître les vrais titres de sa dignité : ils méprisaient au fond du cœur ce ([u'ils prônaient du hout des lèvres. Sans doute, en défendant contre les détracteurs de la nature humaine le dogme du Verbe fait chair, Tertullien est loin de contester que cette prodigieuse condescendance de la Divinité ait de quoi étourdir une raison esclave des apparences. Ce n'est pas lui qui voudrait jeter un voile sur ce que saint Paul appelait la folie de la croix. Il admet volontiers que les humiliations de l'Homme-Dieu puissent devenir un objet de scandale pour ceux qui n'admirent que les grandeurs charnelles. Mais, loin de voir une difficulté dans ce qui est l'épreuve nécessaire de la foi, il y trouve un motif de plus pour adhérer à la religion; car c'est le propre des œuvres divines d'offrir aux yeux de l'homme une apparence d'impossibilité. « Le Fils de Dieu est né, s'écrie-t-il en donnant à sa pensée ce tour paradoxal qui lui est propre, je n'en rougis point, parce qu'il faut en rougir. Le Fils de Dieu est mort : il faut le croire, parce que cela révolte la raison. 11 est ressuscité: le fait est certain, parce qu'il est impossible ^ »
Déjà, Messieurs, en étudiant le traité de Tertullien sur /e Baptême, nous avons expliqué le sens de ces pai'oles. ([ui ne laissent pas d'être quelque peu étranges dans la forme. Au fond, il ne s'agit que d'une folie et d'une contradiction apparentes. Le dur Africain est le premier à reconnaître dans l'incarnation du Verbe le chef-d'œuvre de la sagesse divnie. N oilà, en etiel, le caractère particulier aux mystères de la foi ; s'ils cho(iuent à première vue notre faible raison, ils émer-
I , Di' Carni' Christi. v.
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veillent rintelligence qui les approfondit : par là, ils laissent à la foi tout son mt-rite, en mt;me temps qu'ils ouvrent à la science les plus vastes perspectives. Nul doute que l'imagination ne puisse se troubler à l'idée d'un Dieu fait homme, qui, pour me servir d'une expression presque intraduisible de Tertullien, se précipite dans les abaissements de notr<^ nature, qui per naturœ contumelias volutatus est \ Mais, d'autn' pari, connue la raison se sent à l'aise dans la méditation d'un dogme qui ne la trappe si vivement que pour mieux l'éclairer! Et d'abord, quel acte plus propre à faire resplendir les perfections divines? la puissance, car la création du monde n'est qu'un jeu auprès de l'union personnelle de l'infini avec le fini ; la sagesse, car ce plan de réparation est aussi fécond en résultats qu'il parait simple dans les moyens qui servent à le réaliser; Tamour, car il est impossible de concevoir la bonté divine sous une forme plus expressive. Puis, comme l'œuvre de la création grandit par cet acte souverain qui lui donne pour couronnement, à son sommet, l'iuiiou personnelle du Créateur avec la créature! C'est l'univers entier qui s'élève au-dessus de lui-même par cette union de la nature humaine, qui en résume les divers éléments, avec la nature divine. Pas un atome qui ne participe à la glorification de la matière et de l'esprit dans la personne de l'Homme-Dieu. Enfin, si en dehors de l'incarnation du Verbe, la gloire extérieure que Dieu tire de la création est nécessairement relative et bornée, elle devient sans limites par ce grand fait; car le culte rendu à Dieu par un Homme-Dieu est un hommage adéquat et infini. Ainsi manifestation des perfections divines, glorification de la nature, glorification de Dieu, tout prend
i. De Carne Christ i, iv.