Itid., c. II et III
brisée ? La concupiscence de la chair et les convoitises du siècle. Ici, le prêtre de Garthage s'inspire du spiritualisme le plus élevé, pour célébrer les mérites de la viduité chn^ tienne :
« Pour vous, dit-il, répondez à ces conseils de la chair par l'exemple de nos sœurs dont les noms sont inscrits dans le livre du Seigneur, et qui, après avoir envoyé devant elles leurs époux, immolent à la sainteté les séductions de la beauté ou de la jeunesse. Elles aiment mieux devenir les épouses de Dieu : c'est pour Dieu qu'elles sont belles, pour Dieu qu'elles restent jeunes; elles vivent avec lui, conversent avec lui; elles ne le quittent ni le jour ni la nuit; elles lui apportent en dot leurs oraisons, et reçoivent de lui en échange, toutes les fois qu'elles le désirent, le douaire de ses libéralités. C'est ainsi qu'elles possèdent d'avance le don éternel du Seigneur : épouses de Dieu ici-bas, elles sont déjà réputées de la famille des anges. Si vous marchez sur leurs traces pour imiter leur continence, vous ensevelirez dans la tombe d'une atfection toute spirituelle la concupiscence de la chair, en cherchant dans les biens d'un autre ordre une com- ]pensation aux jouissances passagères qu'auraient pu vous promettre l'âge et la beauté \ »
La mystique clirétienne n"a jamais tenu de langage plus suave ni plus délicat; et l'on ne peut qu'admirer la grâce exquise avec laquelle cette nature sévère sait rendre les choses du sentiment. Chaque fois que Tertullien est amené par son sujet à faire l'éloge de la pudeur, de la virginité, de la continence, son âme s'ouvre aux impressions les plus douces, et son pinceau trouve des tons d'une finesse ravissante. Plus on