‹ TertullienChapitre 190 sur 237 · DE L'INGARNATIO-N DU VERBE · texte numérisé non relu

DE L'INGARNATIO-N DU VERBE

pas des racines qui se propagent? dans ces veines raniiliées en tous sens, des rivières qui serpentent? dans le duvet qui nous recouvre, une sorte de mousse? dans notre chevelure, une espèce de gazon ? et dans le trésor de moelle que renferme l'intérieur de nos os, comme un métal de chair? Toutes ces marques d'une origine terrestre ont également existé dans le Christ : voilà ce qui cachait aux yeux de la chair le Fils de Dieu, qu'on prenait pour un homme ordinaire, précisément parce qu'on voyait on lui la substance d'un corps humain *. »

Sans doute, Tertullien se trompe lorsque, pour combattre l'origine céleste de la chair du Christ dans le sens des gnostiques, il refuse au visage du Sauveur l'éclat de la beauté humaine. Cette opinion singulière provient d'une fausse interprétation du texte d'Isaïe : « Son extérieur sera sans gloire; » paroles qui doivent se rapporter au Christ défiguré par les souffrances de sa passion, comme il résulte du contexte. Saint Jérôme, saint Chrysostôme et saint Augustin ont mieux exprimé le sentiment de la tradition, qui a toujours vu dans la beauté physique du Seigneur un reflet de sa grandeur morale ^. Mais cette erreur de détail n'enlève rien à la justesse de l'argumentation que le prêtre africain dirige contre les gnostiques. Le Fils de Dieu se proposait de sauver l'humanité: donc il devait posséder tout ce qui constitue la nature humaine, un corps réel et une âme semblable à la nôtre. Si, comme le prétendent les sophistes, sa chair, au lieu d'être matérielle, avait eu la nature de l'âme, il n'aurait pas plus délivré notre âme que notre chair, car ni notre chair

i. De Carne Christi, ix.

2. S. Jérôme, E p. i'tO, ad Principiam; S. Jeau Chrysostôme, //o/zt. 28 in Matfhœum: S, Augustin, S, Bnu.iveutiire, S. Bernai'(i,''fttci

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