DE L'INCARNATION DU VERBE
substance terrestre? Ici encore je vois éclater la sagesse de Dieu, qui recouvre, par une opération contraire, son image et sa ressemblance, que le démon avait ravie. Eve était vierge quand elle ouvrit son àme à la parole, source de la mort: c'est dans une vierge aussi que devait descendre le Verbe de Dieu, principe de la vie, alin que le même sexe qui avait été la cause de notre perte devint l'instrument de notre salut. Eve avait cru au serpent ; Marie crut à Gabriel. Le péché que la première avait commis par sa crédulité, la seconde l'effaça en croyant. Mais, me dira-t-on. Eve n'a point conçu dans son sein par la parole du démon. Détrompons-nous, elle a conçu: car la parole du démon fut pour elle une semence fatale qui la réduisit à enfanter dans l'ignominie et dans la douleur. Enfin elle mit au monde un démon fratricide. Marie, au contraire, a enfanté celui qui devait un jour sauver Israël, son frère selon la chair, et son meurtrier. Dieu fit donc descendre dans le sein de la femme son Verbe, frère miséricordieux, alin d'effacer le souvenir du frère homicide. Il fallait que le Christ, pour sauver l'homme, sortit de là même oii était entré l'homme condamné \ »
Déjà, Messieurs, nous avions rencontré, dans le grand ouvrage de saint Irénée contre les hérésies, ce beau rapprochement entre Eve et Marie, entre l'histoire de la chute et celle de la réparation : Tertullien a certainement imité l'évêque de Lyon, dont il fait ailleurs un si bel éloge ^. On est ravi de voir avec quelle précision théologique l'un et l'autre exposaient le dogme de l'Incarnation plus d'un siècle avant le concile de Nicée. Ni saint Athanase ni aucun des