‹ TertullienChapitre 195 sur 237 · DE LA CHAIR DL CHRIST · texte numérisé non relu

DE LA CHAIR DL CHRIST

fils de David, fils d'Abraham. » Comment prétendre que le Sauveur n'avait qu'une ciiair apparente, en présence de ces textes si l'orinels et si posilil's, donl le prêtre de Carlhage fait ressortir l'irrésistible évidence : « Le Verbe s'est incarné, et il a habité parmi nous. — D'uli nie vient cet honneur que la mère de mon Seigneur me visite? — Dieu a envoyé son Fils né de la femme'. » Il semblerait dès lors que l'idéalisme fantastique des docèles dût s'évanouir devant des preuves si concluantes. Mais, comme le fait observer en terminant Tauteur du traité sur la Chair du Christ, la parole prophétique du vieillard Siméon s'accomplira jusqu'au bout : « Celui-ci a été établi pour la ruine el pour la résurrection de plusieurs en Israël, et il sera comme un signe de contradiction. » Oui, Jésus-Christ est devenu dans le monde un signe de contradiction. C'est autour de sa personne sacrée que l'humanité s'agite depuis dix-huit siècles, avec tout ce qu'elle a d'amour ou de haine. Attaqué jusqu'à la fureur, il a été aimé comme on n'aime que Dieu. Tandis que, d'un côté, des millions de martyrs lui font le sacrifice de leur vie, les hérésies, de l'autre, s'acharnent contre lui, celles-ci pour mutiler son humanité, celles-là, pour nier sa divinité. Après cinq siècles de résistance, le monde, subjugué, tombe à sfs pieds : mais le

1. De Carne Cliristi, xviii. xxi. xxii, xxiii. 11 n'y a qu'iiue erreur <l;ius (ietle analyse judicieiisp des textes du Nouveau Testament. Pour appuyer avec force sur la réalité delà naissance du Christ, Tertullien ne craint pas de soutenir que l'eufanteaient du Sauveur s'est accompli dans les conditions ordinaires. Il se trompe gravement en cet eudioit. La virginité de Marie n'a subi aucune atteinte par la naissance miraculeuse de l'Homme-Dieu.Saint Ambroise'Ép. awpopi'Siricc) et Saint Augustin (EncA/ridium, c. xxxiv) se sont mieux exprimés sur un point de doctrine nettement défini par le concile de Chalcédoiue et par le troisième concile de Latran, tenu sous Martin 1''. C'est une tendance malheureusement trop ordinaire à Tertullien, quand il combat une erreur, d'exagérer la vérité contraire, cje telle sorte qu'il offre prise à J'attaque par up autre côté.

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blasphème n'en continuera pas moins de côtoyer la foi. Le moyen âge aura ses passions irréligieuses comme ses prodiges de sainteté; et pendant que l'enthousiasuie de la foi poussera les croisés vers le tombeau du Christ, on verra l'ambition et la violence se déchaîner contre le roc sur le<iuel est bàtii' l'Église. Vient le monde moderne, et la lutte se reproduit plus générale, plus ardente. L'Europe entière s'ébranle au bruit des controverses qui menacent l'œuvre de la Rédemption. Ici, un redoublement de fidélité à la doctrine et à la personne du Fils de Dieu; là, une défection éclatante. Et enfin, par un étrange anachronisme, nous assistons depuis cent ans à un combat auquel il ne manque que les noms de Gelse, de Porphyre et de Julien pour rappeler l'attaque des premiers adversaires du Ciirist. C'est donc avec raison que Tertullien citait aux gnostiques la prophétie de Siméon : « Il sera pour le monde un signe de contradiction. » Eii bien, Messieurs, que conclure de là? J'en conclus directement que Jésus-Christ est Dieu. Car jamais simple mortel n'aurait pu ramener à sa personne tout le mouvement de l'histoire, et devenir l'objet même du culte et de la doctrine, au point d'être adoré par tout le monde civilisé, à l'exception d'une poignée d'hommes qui essayent de se soustraire à son empire. La lutte entre le bien et le mal, entre la vérité et l'erreur, celte lutte qui donne à l'histoire du genre humain sa vraie signification, est devenue ainsi la lutte pour le Christ ou contre lui; elle s'est appelée depuis lors le combat entre le christianisme et ranticliristianisme. Dieu seul a le pouvoir de mettre la liberté humaine à une épreuve si solennelle et si durable. Aussi, comme pour montrer que la croyance à la divinité du Christ s'identifie avec la foi au Dieu vivant et personnel, ceux qui attaquent la première de ces deux vérités

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ont j^viit'i'alciiit'iil fini par nier la seconde. Clia(|ne fois (ju'uii lioniine a le triste courage de se poser eu adversaire du Fils de Dieu, vous pouvez être sûrs d'avance (jue le mot Dieu luimême est pour lui un pou lourd et suranné. Quand Texpérience aura permis d'ajouter quelques nouveaux exemples à ceux (}ue l'on connaît déjà, une grande lumière se sera faite dans les esprits: cette coïncidence, si singulière à première vue, et si logique au fond, entre rathéisme et l'antichristianisme, fera comprendre à tous qu'il n'y a de salut pour l'intelligence liuinaiue que dans le dogme de la divinité de Jésus- Christ.

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