‹ TertullienChapitre 196 sur 237 · TRENTE-SIXIEME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE-SIXIEME LEÇON

Rapports du mystère de riucaniali'.tii avec lesfius deruiéres de riiomiue. — Opuscule sur la Résurrectwn de la chair. — Comparaison avec le traité d'Athéuagore sur le uumie sujet. — Ohjectious des ^niostiques . — Réponse de Tertullieu.— Importance du fait de la création pour établir la possibilité de la résurrection. — Dignité du corps humain, tirée de sou origine, de sa nature et de son union avec l'àme. — Ses droits à la résurrection, fondés sur l'ordre surnaturel. — Le renouvellement périodique de l'univers, image de la résurrection. — Comment Terlidlieu porte la poésie religieuse dans l'exposition du dogme.

Messieurs,

L'iucarnalîoudU Verbe est le gi'aud événement ([uî domine l'histoire de Ihumanité. Toute la religion chrétienne se l'ésume dans cet acte, qui l'explique et la détermine. Si le fait (le la création établit entre Dieu et l'homme un ensemble de i'appoi'ts fondés sur la nature même des choses, celui de l'IncarnatiOn nous introduit dans nn ordre de relations nouvelles, de relations plus hautes et plus intimes. Tout en rattachant la nature humaine à son auteur par un lien nécessaire, la création la laissait néanmoins extérieure à Dieu ; par ITncarilatiouj la nature humaine vient s'Unir à la nature divine dans la pei'sonne du Verbe fait chair : union à laquelle tous les hommes doivent participer à leur tour par une étroite l'ommnnauté de vie avec l"Hoinme-Dieu. De même que le Fils

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do Dieu a pris CDi'ps dans rhinnanitô, ainsi riiunjanil»', estelle appelée à devenir le corps du Christ, son corps social ou mystique, et à s'élever avec lui jusqu'à Dieu; ici-bas, par la grâce ([uil lui communique; dans le ciel, par la vision bi-atifique qu'il lui a méritée. De là 1 K;;lise, les sacrements, le ministère d»; la parole, Toblation du sacrifice, le culte, toute cette merveilleuse organisation du chrisiianisme qui facilite notre libre coopération au plan divin, et continue sur la terre l'œuvre de l'Incarnation, pour ramener à Dieu le genre humain ennobli, transformé, glorifié par le Christ et dans le Christ.

Ici, Messieurs, jx-rnieitez-inoi une réflexion avant d'aller plus loin. Si le plan de l'Incarnation ne se présentait pas à Tintelligence humaine avec un caractère de majesté unique, pensez-vous qu'il serait devenu depuis dix-huit siècles un sujet d'admiration pour la science et pour le génie? qu'il aurait jeté dansleravissement cette pléiade de penseurs qu'on appelle les Pères de l'Église, ces grands théologiens du moyen âge, à la tête desquels marchent sai»!t Thomas et saint Bonaventure, cette haute lignée de philosophes chrétiens auxquels nul écrivain vivant n'oserait se comparer sans folie? Mais qu'est-ce donc que l'incrédulité peut mettre en regard d'un plan si vaste et si bien ordonné? Je le sais, le panthéisme séduit quelques imaginations par une certaine apparence de grandeur et de poésie. Ces rêves humanitaires, ces développements de l'Être qui commence par le néant et finit par Dieu, ces phases que parcourt l'idée absolue et qui deviennent ainsi les phases du monde, les époques de la nature et celles de l'histoire; cet athéisme emphatique qui cherche à se dissimuler sous un faux semblant de mysticité, tout cela peut éblouir des esprits qui ont rompu avec le bon sens et la

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logique. Mais, même à ne s'en tenir qu'à la hardiesse el au grandiose de l'idée, il n'y a rien, dans ce romantisme philosophique, qui approche du dogme de l'Incarnation. Le panthéisme a beau faire pour exalter l'homme, jamais il ne dépassera la hauteur d'une doctrine où la nature humaine est unie à la nature divine par le lien de la personnalité, où chaque homme doit réfléchir en lui cette union par la communion avec la substance divine, où le terme final de la destinée est la participation de tous à la vie intime de Dieu. Cela est si vrai que les coryphées du panthéisme, Hegel entre autres, sont obligés de parodier l'Incarnation, de s'en approprier la formule, tout en la détournant de son vrai sens, lorsqu'ils veulent donner à leurs bizarres constructions un faux air de grandeur. Nous pouvons leur dire hardiment : chaque fois que vous chercherez à élever l'homme, nous irons plus loin que vous: jamais vous ne rêverez pour lui des destinées comparables à celles que lui assurent la grâce, 1 Incarnation, l'Eucharistie, la vision béatifique. Seulement, nous évitons recueil contre lequel vous venez vous briser : ce que vous détruisez, nous le conservons intact; vous identifiez, nous unissons; vous absorbez, nous distinguons; vous anéantissez, nous glorifions: et tandis que vous dégradez Dieu, sous prétexte d'ennoblir Ihomme, nous maintenons la distance qui sépare l'infini du fini ; jusque dans le sein de la gloire, nous laissons à Dieu son essence incommunicable, et à l'homme sa personnalité.

Donc, Messieurs, en défendant contre les gnostiques la réalité de l'incarnation du Verbe, Tertullien revendiquait pour l'humanité ce qui fait notre grandeur et notre gloire. Ce n'est pas l'un de ses moindres mérites que d'avoir saisi la haute signification de ce fait capital et les conséquences (jui ni

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