‹ TertullienChapitre 198 sur 237 · li.stii r. caniis, i · texte numérisé non relu

li.stii r. caniis, i

LES I"I>S DERNIÈRES f) K L'HOMME. -Wl

vrai, qu'un fragment de l'ouvrai^c que saint Justin avaii composé sur cette question ; mais un traité analogue d'Atliénagore est arrivé jusqu'à nous. Ce traité, nous l'avons parcouru il y a quelques années; et peut-être vous souvient-il de cette discussion claire, nerveuse, méthodique, qui fait honneur au philosophe athénien \ Dans deux parties bien distinctes, l'une négative, l'autre positive, Athénagore avait réfuté les objections de l'incrédulité contre la résurrection des corps, et développé les preuves directes qui établissent ce dogme. Dieu, disait-il, peut ressusciter les corps, et rien n'empêche qu'il le veuille. Il le peut, car il ne manque pour fi.'la ni de force ni de lumière, et la chose en elle-même n'implique point contradiction. Rien n'empêche qu'il le veuille, ni sa justice ni sa dignité. D'autre part, la résurrection, loin de répugner à la raison, est justifiée par elle. La création et la nature de l'homme, le jugement qu'il doit subir et salin dernière en sont autant de preuves. Car l'homme n'est pas un pur esprit : le rôle qu'il remplit dans la création est celui d'un être composé à la fois d'un corps et d'une âme; de telle sorte que ces deux parties constitutives, ayant concouru, dans la mesure qui leur est propre, à ce qu'il a fait de bien et de mal, doivent participer l'une et l'autre à la récompense ou au châtiment futur. Tel est le résumé de cette œuvre, qui nous avait frappés par une sévérité de méthode hiconnue au deuxième siècle et par Une rigueur de déductions toute scuîasti(jue. A cette occasion, il nous a été facile d'établir que Kant, dans son traité de la Religion réduite aux limites delà raison pare, et l'auteur français d'un livre intitulé:

i. Voyez les Apologistes chrétiens an deuxfm' se l , -■ \ ' hiuie, le'ùus ^^It'. ix*. x".

:m HK LA RESLRRECtION DKS CORPS.

Ciel et Terre , n'ont fait que reproduire des sophismes déjà réfutés en grande partie par les premiers écrivains de l'Église.

(Jr, Messieurs, en comparant l'ouvrage de Tertullien avec celui d'Athénagore, on voit clairement qu'il existe une grande différence entre l'un et l'autre. Le philosophe athénien donne à sa thèse le caractère d'une démonstration rationnelle, tandis que le prêtre de Garthage complète par l'Écriture sainte les preuves empruntées aux principes do la raison. Cette diversité résultedu genre d'adversaires auxquels ils s'adressent. Ici, ce sont des païens dont il s'agit de vaincre les préjugés en faisant appel au bon sens; là, des hérétiques qu'il faut réduire au silence par des textes qui les condamnent. Or, si la raison humaine peut établir la haute convenance de la résurrection des corps, en s'appuyant sur les perfections de Dieu et sur la nature de l'homme, il n'en est pas moins vrai que la révélation seule nous garantit par une autorité irréfragable la réalité de celte recomposition future. Voilà pourquoi l'opuscule de Tertullien est bien plus complet que celui d'Alhénagore. Mais, du reste, ces deux traités se touchent par plus d'un endroit; car les païens et les hérétiques se rencontraient dans une même série d'objections. Vous allez en juger par celles que Tertullien place dans la bouche des gnostiques : « A l'origine, disenl-ils, la chair est immonde par la lie de la terre ; puis elle devient plus immonde encore par le limon de sa semence, faible, infirme, vicieuse, embarrassante, chargée de misères. Après tant d'ignominie, elle retourne à la terre, d'où elle est sortie, pour prendre le nom de cadavre' même ce nom de cadavre ne lui demeurera pas longtemps elle sera un je ne sais quoi qui n'a pins de nom dans aucune langue. Avez-vous bien votre sens, pour vouloir nous persua-

LES FINS nKItNIKHKS n K L'IIOMMK. 393

der que cette chair, arrachée à votre vue, à votre contact, à votre souvenir même, redeviendra jamais, de corrompue entière, d'impalpable solide, de vide pleine, de rien quelque chose; et cela, quand il faut qu'elle soit rendue par les flammes, par les eaux, par l'estomac des bêtes féroces, par les entrailles des oiseaux et des poissons, et jusque par le gouffre de la gourmandise humaine. Peut-on espérer que cette chair qui a disparu revivra comme elle était autrefois, de telle sorte que le boiteux, le louche, l'aveuglC; le lépreux et le paralytique soient obligés malgré eux de reprendre leur premier état? Ou bien reviendront-ils entiers, avec la crainte d'être assujettis derechef aux mêmes infirmités? Qu'arriverat-il ensuite des conséquences de la chair? Éprouvera-t-elle de nouveau les nécessités présentes? Et d'abord, lui faudra-t-il des aliments et des boissons? Nos poumons nageront-ils encore dans l'air? Nos entrailles seront-elles toujours embrasées? Aurons-nous, comme par le passé, à rougir d'une partie de nous-mêmes? Chacun de nos membres prendra-t-il sa fonction ? Aurons-nous encore des ulcères, des blessures, la fièvre, la goutte, et pour dernier vœu la mort? Vraiment, si tel est le sort qui attend la chair après sa résurrection, il ne restera plus qu'à désirer une seconde fois d'en être déchargé ^ ? »

Il serait difficile de mieux résumer les objections que l'on peut faire contre la résurrection des corps. Au fond, ce sont de pures vétilles qui disparaissent devant la simple exposition du dogme. La doctrine catholique ne transporte nullement dans l'autre monde les accidents de la vie présente ; c'est la défigurer que d'ouvrir la voie à de pareilles imaginations.

t. Dp Besnrr. carnis,\y.

3&1 DE LA RftSlllRKCTION DES COUPS.

Que parlez-vous de dittorm il es corporelles? s'écrie Tertullien. La chair sera rétal)lie dans son intégrité. Une transformation complète la guérira de ses défauts. Telle la vie nous est donnée de Dieu, telle la vie nous est restituée; telle nous l'avons reçue, telle nous la recouvrons. C'est à la nature, et non à la disgrâce que nous sommes rendus; nous revivons tels que nous sommes nés, et non pas tels que nous a faits l'outrage: Qiiod nascimur, non quod lœdimur, reviviscimus \ Et (ju'on ne dise pas que nos membres deviendraient inutiles, du moment qu'ils ne rempliraient pas leurs fonctions actuelles : ces fonctions n'ont rapport qu'aux besoins de la vit' présente, et doivent par conséquent cesser avec eux. Plus (le faim, plus de nourriture : plus de soif, plus de boissons; plus de naissance, plus de génération ; plus de vivres, plus de travail. La mort une fois détruite, les aliments ne sont plus nécessaires pour le soutien de la vie. Une autre activité, moins grossière et plus élevée, remplacera les labeurs d'icibas; car rien de ce qui nous appartient ne sera inutile devant le Seigneur, niliil apud eum vacabit^. Devenus semblables aux anges, selon la parole du Sauveur, nous participerons de leurs propriétés, sans abdiquer notre nature. Après cette recomposition linale, le corps humain sera comme un navire jadis brisé par la tempête ou ruiné par le temps, navire que son maître répare et remet à neuf, mais qu'il ne livre plus aux hasards de l'Océan. Ou plutôt, l'âme est une épouse que la chair suivra, ne fût-ce qu'à titre de dot , vel dotis nomine seqiietur animam caro. Oui, l'âme aura son entourage, sa parure, son esclave; c'est la chair : la chair l'accom-

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