HK LA RÉSURRKCTION DES COUPS
Tout au plus pourrait-on conclure de là cjuMl faut reculer de quelques siècles l'apparition de l'espèce humaine sur notre globe; mais reculer le surnaturel, ce n'est pas l'écarter. Reste toujours cette question : Comment l'homme est-il venu dans ce monde ? De quelle façon et par quelle puissance le genre humain a-t-il commencé sur la terre? car il est reconnu et constaté par la science qu'il n'y a pas toujours existé. Pour échapper à cette difficulté, les adversaires du surnaturel se rejettent dans 1 hypothèse d'une génération spontanée. Mais, si le premier homme a été le produit du travail propre et intime des forces naturelles de la matière je demanderai pounjuoi ces forces naturelles de la matière ont cessé de fonctionner depuis lors; pourquoi nous n'assistons plus à ce spectacle merveilleux d'hommes poussant comme des champignons. Puisque les lois qui régissent la matière sont invariables, elles devraient, ce semble, continuer à produire les mêmes résultats. S'il fallait choisir, je préférerais encore la fal)k' de Cadmus semant les dents d'un dragon sur la terre pour en faire sortir des hommes : au moins y a-t-il un semeur dans ce conte béotien. — Oh ! mais vous n'y êtes pas, nous at-on dit récemment d'un ton sibyllin ; c'est là le secret d'une science nouvelle qui se nomme, la morphologie zoologique, .fusqu'ici, nous l'avouons, la science a été unanime à proclamer la loi de la permanence des espèces, en ce sens que chaque type animal, constitué une fois pour toutes, se continue avec une sorte d'inflexibilité à travers les âges ; mais nous avons changé tout cela. Le temps est l'agent par excellence. L'homme est arrivé à ce qu'il est par un progrès obscur qui dura des milliers d'années et probablement se consomma sur plusieurs points à la fois. Après ces transformations séculaires, l'atome mécanique, contenant déjà le
germe de tout ce qui devait suivre, est arrivé à l'état de pensée ou de sentiment*. — Et vous appelez cela une science nouvelle I tous les matérialistes du siècle dernier ont parlé de la sorte, et le vieil Épicure leur avait fourni ce thème il y a quelque deux mille ans. Vous niez la fixité des espèces. Comment donc se fait-il que la nature humaine n'ait point varié depuis qu'il est question d'elle dans l'histoire? Si, grâce aux découvertes de la morphologie, les espèces étaient soumises à un développement perpétuel, il y a longtemps que les singes auraient dû devenir des hommes, et que nousmêmes nous aurions dû acquérir, comme appendice à notre existence, cette queue surmontée d'un œil, dont voulait nous gratifier, il y a quelques années, un homme fort estimable d'ailleurs et qu'il est inutile de nommer. .le vous demande pardon. Messieurs, de m'arrêter à des fantaisies de cette espèce. Mais supposons même pour un instant que cet atome mécanique soit devenu par la suite des temps un homme, il faut bien admettre que cet homme primitif aurait d'abord existé en germe, qu'il se serait trouvé dans ce premier état de la vie naissante par lequel débute tout être organisé : alors, jeté sur le sol, en dehors de tout secours social, sans père ni mère déjà préexistants, il n'aurait pu vivre un seul jour. Ici, permettez -moi de vous citer les réflexions qu'inspirait à un éminent penseur ce rêve ridicule d'une génération spontanée:
« Mais, en admettant, ce que, pour mon compte, je n'admets nullement, les générations spontanées, ce mode de production ne pourrait, n'aurait jamais pu produire que des
1. Les Sciences de la nature et les sciences historiques, par M. Renau. J\evue d s Dttx-Monden, p. Tfi'i »■! ?niv. 186:^.