‹ TertullienChapitre 201 sur 237 · DE LA RÉSURRECTION DES CORPS · texte numérisé non relu

DE LA RÉSURRECTION DES CORPS

êtres-enfants, à l;i jM^'iuière heurt* et dans le premier état de la vie naissante. Personne, je crois, n'a jamais dit et personne ne dira jamais que, par la vertu d'une génération spontanée, l'honnne, c'est-à-dire l'homme et la femme, le couple humain, ont pu sortir et qu'ils sont sortis un jour du sein de la matière tout formés et tout grands, en pleine possession de leur taille, de leur force, de toutes leurs facultés, comme le paganisme grec a fait sortir Minerve du cerveau de Jupiter. C'est pourtant à cette condition seulement qu'en apparaissant pour la première fois sur la terre l'homme aurait pu y vivre, s'y perpétuer et y fonder le genre humain. Se figure-t-on le premier homme naissant à l'état de la première enfance, vivant mais inerte, inintelligent, impuissant, incapable de se suffire un moment à lui-même, tremblotant et gémissant sans mère, pour l'entendre et le nourrir ! C'est pourtant là le seul premier homme que le système de la génération spontanée puisse donner. Évidemment l'autre origine du genre humain est seule admissible, seule possible. Le fait surnaturel de la création explique seul la première apparition de l'homme ici-bas. Ceux-là donc qui nient et abolissent le surnaturel abolissent du même coup toute religion réelle; et c'est en vain qu'ils triomphent du surnaturel, si souvent introduit à tort dans notre monde et dans notre histoire; ils sont contraints de s'arrêter devant le berceau surnaturel de l'humanité, impuissants à en faire sortir l'homme sans la main de Dieu\ »

Je le répète, Messieurs, toute science sérieuse est obligée de s'incliner devant le fait surnaturel de la création de

1. L'Église et la société chrétienne, par M. Guizot. 3« édition, p. 27 et ?uîv.

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l'homme; car l'hypothèse d'une génération spontanée du premier couple humain est une absurdité manifeste. Or, les conséquences qui découlent de là sont fort graA'es. Si le surnaturel s'impose à nous dès l'origine du genre humain, il serait déraisonnable de vouloir en nier la possibilité pour la suite des temps. Car, remarquez-le bien, la création de l'homme est postérieure à la création générale du monde, puisque l'apparition de l'espèce humaine sur la terre est relativement récente, comme la science le constate d'accord avec l'histoire. Donc, loin d'avoir été le résultat naturel des lois déjà établies, elle s'est produite en dehors de ces lois, par une action directe et immédiate de Dieu. Dès lors, toutes les objections que l'on a coutume de souhner contre la possibilité du miracle s'évanouissent devant ce fait miraculeux, dont nul ne saurait contester la certitude, sans admettre avec les matérialistes la génération spontanée du premier homme. Voilà pourquoi Tertullien et Athénagore en appellent avec confiance au miracle qui apparaît à l'origine de l'histoire, pour faire accepter celui qui marquera la fin des temps , je veux dire la résurrection des corps : la réalité de l'un prouve la possibilité de l'autre. Toutefois, cette démonstration n'eût pas suffi pour réfuter les gnosliques, qui, moins téméraires que les incrédules modernes, ne refusaient pas à Dieu le pouvoir d'opérer des miracles. S'ils rejetaient la résurrection des corps, c'est qu'elle leur paraissait indigne de la majesté divine, à cause de leur mépris profond pour tout ce qui est matériel. Il s'agissait donc d'appuyer avec force sur la dignité de la chair. Cette thèse, Messieurs, est l'un des triomphes oratoires de Tertullien. Argumentant contre des hérétiques qui admettaient le récit de la Genèse, le prêtre de Carthage se place sur le terrain des Écritures. Il montre Dieu façonnant

WO DK 1,A RKSrUUKCTION nKS CORPS.

rhomme de sa main, pour le distinj^ucr du reste des êtres, créés par une simple parole. Certes, s'écrie-t-il dans l'enthousiasme qui le transporte, ce limon, ce néant aurait été suffisamment heureux, n'eût-il été que touché. Quoi donc? Dieu ne pouvait-il pas créer l'homme par un simple contact, sans rien de plus? Assurément; mais il convenait de travailler cette matière avec soin, tant était grande la merveille qui se préparait : Adeo magna res agebatur, qiia ista materia extruebatur. Oui, autant de fois cette matière sent l'impression des mains divines, touchée, pétrie, élaborée par elles, autant de fois la chair grandit en honneur. Figure-toi Dieu occupé tout entier à son œuvre! Main, esprit, action, conseil^ sagesse, providence, il y emploie tout son être ; et c'est l'amour surtout qui conduit sa main dans les linéaments qu'elle trace. Ah! c'est qu'à travers ce limon grossier il entrevoyait son Christ, qui un jour serait homme*. Ici Tertullien exprime ces belles pensées sur l'incarnation du Verbe que nous admirions la dernière fois. Puis, après avoir montré que le corps humain emprunte à son céleste ouvrier une haute dignité, il cherche dans son union avec l'àme un nouveau titre d'honneur et, par suite, un deuxième préjugé en faveur de la résurrection :

« S'il en va ainsi, dit-il, tu as d'abord le limon glorieux d'avoir été touché par des mains divines, la chair plus glorieuse encore du soutïle divin par lequel elle a déposé les grossiers éléments du limon et reçu la dignité de l'àme. Tu n'es pas plus habile que Dieu. Si tu n'enchâsses point dans le plomb, dans l'airain, dans le fer, ni même dans l'argent la pierre précieuse de la Scythie et de l'Inde, ou la perle bril-

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