‹ TertullienChapitre 202 sur 237 · De Remrr. carnis, \. \i · texte numérisé non relu

De Remrr. carnis, \. \i

lante de la mer Rouge ; si tu les montes au contraire sur l'or le plus pur et le plus artistement travaillé; si aux vins comme aux parfums exquis tu prépares des vases qui répondent à leurs qualités ; si enfin à des épées de bonne trempe tu destines un fourreau digne d'elles, t'imagineras-tu que Dieu ait confié à quelque vase abject l'ombre de son àme, le souffle de son esprit, l'œuvre de sa bouche, témoignant ainsi de sa réprobation par l'indignité du lieu où il l'aurait placée?... Oui, il est glorieux pour la chair de contenir l'àme, qui est si rapprochée de Dieu, et de la mettre à même d'exercer son empire. N'est-ce pas, en effet, par le ministère de la chair que l'àme jouit des dons de la nature, des richesses du monde et du charme des éléments ? Eh quoi ! n'est-ce point par la chair qu'elle est pourvue de l'appareil des sens, de la vue, de l'ouïe, de l'odorat, du goût, du toucher? C'est par la chair qu'elle est armée d'une puissance divine capable de tout opérer par la parole, et même par le langage muet du geste et du regard. La parole, assurément, est un des organes de la chair. La chair ! elle est le véhicule des arts. La chair ! elle soutient la science et le génie. La chair ! elle est la condition de l'industrie, de la société, de l'activité tout entière. La vie de lame est si bien la vie de la chair, que ne plus vivre se réduit, pour l'àme, à être séparée d'avec la chair. Aussi la mort est-elle le fait de la chair, de même que la vie. Or, si tout est soumis à l'àme par l'entremise de la chair, tout est soumis également à la chair; il faut que l'instrument soit associé à la jouissance. La chair, par le ministère qu'elle prête à l'àme, est pour elle une compagne et une cohéritière : cohéritière des biens temporek, pourquoi pas des biens éternels ' ? »

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