‹ TertullienChapitre 203 sur 237 · De Hesurr. carnis, vu · texte numérisé non relu

De Hesurr. carnis, vu

■iÛ'J DE LA HF.SLUntCl luN ])\:> CORPS.

Vous voyez, Messieurs, par celte élo({uenle tirade, combien Tertullieu seloi^me ici d'un spiritualisme exagéré qui mécomiaitrait les vraies conditions de la nature humaine. L'union du corps avec l'âme lui parait troj) iiiiime pour que la dignité de l'une ne "rejaillisse pas sur le ministère de l'autre : associées pendant la vie, séparées par la mort, ces deux substances devront se rejoindre un jour, pour reconstituer l'homme dans son intégrité. On ne pouvait moins attendre d'un écrivain qui,, en dissertant sur l'àme, avait donné de l'être humain uue définition si exacte et si complète. Ce beau langage, nous le retrouverons plus d'une fois dans l'histoire de l'éloquence sacrée : les orateurs chrétiens n'ont cessé de mettre en relief la noblesse de la chair unie à l'esprit. Lors donc que l'école saint-simouieime prit pour mol d'ordre, il y a quelques années, la réhabilitation de la chair, on pouvait lui demander ce qu'elle venait réhabiliter. Le corps humain, son miuisière, ses fonctions? Depuis l'époque des Pères de l*Église jusqu'à nos jours, les écrivains catholiques n'ont laissé à personne le mérite de célébrer avec plus d'enthousiasme qu'eux le merveilleux artifice du corps humain, la dignité que lui prête le contact de l'àme, comme en général les beautés de l'ordre matériel, les progrès de l'art et de l'industrie. Tertullien vient de nous en fournir une preuve f-rlatante. Chaque fois que no^ adversaires poseront le pied sur ce terrain, nous irons aussi avant et peut-être plus loin qu'eux. Doit-on entendre par ce mot « réhabilitation de la fliair», une liberté sans frein i)our les passions humaines ? Oh ! alors ce mot fornmle une doctrine tjue nous combattons de toutes nos forces; car, pour l'admettre, il faudrait suj)primer au préalable l'Evangile et le code civil; or, uou tenons a l'un et a fantrf. Nous y tenons yjrécisément a

Lr::s fins dernières de i/homme. 4u3

cause de la dignité de la chair, pour la sauver de rigiiomiuie où la conduit l'absence d'une discipline forte et vigoureuse. Non, l'Église n'exalte pas l'esprit aux dépens de la chair ; mais, en voulant assurer à l'ànie une légitime souveraineU; sur le corps, elle les associe dans, le sacrifice, comme elle ne les sépare point dans la récompense. Il y a plus, Messieurs, à tous les degrés de l'ordre surnaturel elle assigne à l'élément sensible sa véritable part, et ne réprouve pas moins un spiritualisme chimérique qu'un matérialisme grossier. Quand Luther voulut faire accepter son rêve d'une Église invisible, les théologiens catholiques lui dirent : non, une Église purement invisible ne s'accorde pas avec la constitution de l'homme, qui est corps et àme tout ensemble ; elle répond encore moins au fait de l'incarnation du Verbe, car le Fils de Dieu a paru sous une forme extérieure et visible. Lorsque plusieurs sectes protestantes, dépouillant les sacrements de leur vertu intrinsèque, cherchèrent à réduire toute la vie surnaturelle à la foi intérieure, l'Église repoussa ce faux idéalisme au nom des mêmes principes. Il faut que l'élément sensible tienne dans l'ordre surnaturel une place analogue à celle qu'il occupe dans l'ordre naturel ; il laut que l'effet intérieur corresponde à un rit extérieur, que le sacrement soit un signe sensible, une cause instrumentale de la grâce, comme la parole est le signe sensible de la pensée, connue h' corps est l'instrument de l'âme, et la chair, l'organe do l'esprit. C'est par là seulement que les sources de la vie surnaturelle sont en harmonie avec la double nature de l'homme et avec le dogme du Verbe lait chair. Aussi Tertul-^ lien va-t-il s'emparer de cette grande loi, pour rehausser encore davantage la dignité de la chair. Plus il avance dans son sujet, plus son langage redouble de vigueur et d'éclat :

404 DK LA KÉSlIltREC l'tON DES COUPS.

« Passons maintenant aux prérogatives que le nom de chrétien communique devant Dieu à cette frêle et abjecte substance. Certes, il sutîirait déjà que nulle àme absolument ne pût obtenir le salut à moins de croire pendant qu'elle est dans la chair, tant il est vrai que la chair reste la base du salut. Enfin (juand Fàine est enrôlée au service de Dieu, c'est la chair qui la met à même de recevoir cet honneur. C'est la chair, en effet, qui est lavée, pour que l'àme soit purifiée ; la chair qui est ointe, pour que l'àme soit consacrée ; la chair ([ui est marquée du signe sacré, pour que l'àme soit fortifiée; la chair qui est couverte par l'imposition des mains, pour que l'àme soit illuminée par l'esprit ; la chair qui se nourrit du corps et du sang de Jésus-Christ, pour que l'àme s'engraisse de Dieu, ut et anima Deo saginetur. Elles ne peuvent donc être séparées dans la récompense, puisqu'elles sont associées dans le travail \ »

Ici le prêtre de Carthage énumère les privations et les sacrifices volontaires dont la chair est le sujet, les tourments qu'elle endure dans le martyre; puis il résume en ces termes les arguments de convenance qu'il vient de développer :

« Ainsi donc, pour récapituler, cette chair que Dieu forma de ses mains et à son image, qu'il anima de son souffle à la ressemblance de sa vie, qu'il établit dans cet univers pour l'habiter et en jouir, pour commander à toutes ses œuvre», qu'il revêtit de ses sacrements et de sa discipline ; cette chair, dont il aime la pureté, dont il approuve les mortification», dont il apprécie les souffrances, cette chair, dis-je, ne ressusciterait pas, elle qui tient de Dieu à tant de titres! Hœccine non resurget loties Dei! Non, non, loin de nous la pensée

Page 1