De Resurr. carnis, xiv, xvi
s'ensevelit de toutes parts dans les ténèbres. L'ornement du monde se cache sous des voiles funèbres. Au milieu de cette obscurité universelle, tout est sombre, silencieux et consterné; les travaux cessent; la nature a pris le deuil pour pleurer la perte de sa lumière. Mais la voilà qui revit pour tout l'univers avec la pompe nuptiale de son soleil, toujours la même, toujours entière, immolant la mort, c'est-à-dire la nuit; déchirant son linceul, c'est-à-dire les ténèbres; héritière d'elle-même, jusqu'à ce que la nuit revienne avec l'appareil lugubre qui lui est propre. Alors se rallument les rayons des étoiles, qu'avaient éteints les clartés matinales. Les planètes, un moment exilées par le jour, sont ramenées en triomphe. La lune répare son disque, qu'avait amoindri sa révolution mensuelle. L'hiver, l'été, le printemps et l'automne roulent dans une succession perpétuelle, avec leurs influences, leurs habitudes et leurs productions. Sur la terre, mêmes lois que dans le ciel. Les arbres, un instant dépouillés, reprennent leur parure; les fleurs reparaissent avec leurs couleurs; les champs se recouvrent de verdure ; les semences, consumées dans le sein de la terre, se relèvent, et ne se relèvent qu'après avoir été consumées. Sagesse admirable! Elle nous prive de nos biens pour nous les conserver ; elle les dérobe pour les rendi'e ; elle les détruit pour les garder ; elle les corrompt pour les renouveler ; elle commence par les absorber, ensuite elle les multiplie au centuple! En eflet, puisqu'elle nous les rend plus riches et plus abondants qu'avant leur ruine, il est vrai de dire que chez elle la destruction est un intérêt, l'outrage une usure, et la perte un gain. Disons-le en un mot, toute créature repasse de la mort à la vie. Tout ce qui est sous tes yeux a existé; rien de perdu qui ne revienne un jour, tout retourne à son premier état,
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après avoir disparu; tout recommence après avoir cessé; tout ne linit que pour renaître; rien ne périt que pour être sauvé. Qu'est-ce donc que cette perpétuelle évolution de la nature? Un témoignage de la résurrection des morts. Dieu l'a écrite dans ses œuvres avant de la consigner dans ses Écritures; il l'a proclamée par sa puissance avant de l'enseigner par sa parole *. »
Je ne dirai pas, Messieurs que cette magnifique peinture du renouvellement périodique de Tunivers ait le caractère d'un argument strict et rigoureux : les raisons tirées de l'analogie n'ont jamais une valeur absolue; elles affaiblissent les préjugés, prédisposent l'esprit à la compréhension des preuves positives, sans établir directement la vérité qu'il s'agit de démontrer. Aussi le prêtre de Garthage se hàte-t-il de porter la discussion sur le terrain des Écritures. Là son triomphe était assuré. Partout où les livres saints parlent de la résurrection des morts, et ces passages sont aussi précis que nombreux, il ne saurait être question que d'une recomposition de la chair, car l'àme, étant immortelle, n'a nul besoin de ressusciter ^. En vain les gnostiques abusent-ils du langage prophétique pour le détourner de son vrai sens, en le restreignant à l'àme, qui retourne à la vie de la grâce par la connaissance du vrai et la pratique du bien : cette résurrection spirituelle n'exclut point la résurrection du corps, dont elle est une figure et un gage. Tout n'est pas image chez les prophètes, il s'y trouve aussi des réalités ; tout n'y est pas ombre, car l'ombre suppose un corps ^ Dans la célèbre prophétie d'Ézéchiel, comme dans les épitres de saint Paul;
i. De Rt'surr. carnis, xu.