‹ TertullienChapitre 208 sur 237 · DE LA RÉSURRECTION DES CORPS · texte numérisé non relu

DE LA RÉSURRECTION DES CORPS

la résurrection des corps. Il suffit de parcourir les productions de l'incrédulité moderne pour constater qu'elle n'est pas plus avancée sur ce point capital que les religions polythéistes et les écoles philosophiques de l'antiquité païenne. Quelle est, en effet, la doctrine que prêche en ce moment l'antichristianisme? Cette doctrine peut se résumer en un mot : l'anéantissement de la personnalité humaine après la mort. L'un viendra traiter de « rêve individuel la croyanne à l'immortalité de l'âme ». L'autre, plus habile à cacher ces désolantes doctrines sous des formules qu'on dirait une réminiscence, conservera le mot, tout en niant la chose. Nous ressusciterons, écrira-t-il, dans le monde que nous aurons contribué à faire; notre vie aura été une portion de la vie infinie, nous aurons chacun notre part de la conscience générale; la résurrection finale se fera par la science, tout revivra en l'idée*... Voilà le sort qu'ils nous promettent. Ah! dites donc au pauvre qui vit de privations dans ce monde, à l'ouvrier qui travaille du matin au soir à la sueur de son front, au malheureux qui subit les dures épreuves de la vie, aux deshérités de la fortune et du bonheur, dites-leur, pour les soutenir au milieu de leurs défaillances : « Vous revivrez en l'idée, vous aurez votre part de la conscience générale, votre vie aura été une portion de la vie infinie. » Vraiment la con= solation est belle et la perspective séduisante. Non, vous ne connaissez pas l'humanité; vous n'êtes pas habitué à toucher la main du pauvre, à voir de près la souffrance et la douleur ; sinon, votre cœur ne vous permettrait pas de parler ainsi. Il faut à l'homme des assurances positives pour l'autre vie, et

1. Les sciences de la nature et les sciences historiques, par M. Renao. Revne des Dpux-Mondes. l'i nctobre 1863. 772. 773, 774.

LES FINS DERNIKRES DE L'HOMME. ill

non des phrases nébuleuses qui le laissent sans espérance. C'est ce que lui donne la religion chrétienne. Elle dit à l'homme : le sacrifice est pénible, mais la récompense est au bout. Cette âme, que tu t'efforces de conserver pure et sainte, vivra sans fin; ce corps, qui aura été l'instrument de tes mérites, te sera rendu transformé et glorifié comme une partie intégrante de ta nature. Tu revivras tout entier dans le sein de Dieu, avec la conscience de toi-même et ta personnalité. Voilà un langage à la fois digne de Dieu et digne de l'homme. Ce langage, l'humanité l'a compris, et elle le comprendra toujours : elle y cherche, comme elle y trouve, ses espérances, sa force et sa grandeur.

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