‹ TertullienChapitre 211 sur 237 · Adv. Judœos, i · texte numérisé non relu

Adv. Judœos, i

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avec Tryphon. En interprétant les prophéties messianiques, Tertullien se borne à reproduire, avec plus d'ordre et de clarté, les arguments qu'avait développés le premier des apologistes chrétiens ; et ce genre de démonstration est devenu classique depuis lors dans l'éloquence sacrée. Toutefois, un esprit aussi original que le sien ne pouvait toucher à un pareil sujet sans y laisser son empreinte. Vous allez voir quelle largeur de vues il oppose dès le principe aux idées étroites de ses adversaires. Oubliant que toutes les nations de la terre devaient être bénies dans la race d'Abraham, les Juifs s'attribuaient le privilège exclusif des faveursdivines. A les entendre, il n'y avait de lois et de grâces que pour eux; le reste du genre humain ne méritait nullement que Dieu s'en occupât Cet orgueil insensé, saint Paull'avait flétri dans son admirable lettre aux Romains. Pour remonter jusqu'à l'origine des choses, Tertullien démontre que la loi mosaïque avait été précédée d'une législation plus géaérale, comme elle devait être suivie d'une alliance définitive :

« Renfermons la question dans des lignes certaines et déterminées. Pourquoi donc faudrait-il croire que le Dieu qui créa l'univers, qui gouverne le monde entier, qui forma l'homme de ses mains, qui sema sur la terre toutes les nations, n'aurait donné sa loi par Moïse qu'à un seul peuple, et non pour tous ? D'abord, s'il ne l'avait pas étendue à tous, il n'eût permis d'aucune façon aux prosélytes des nations de l'embrasser. Mais, ainsi qu'il convient à la bonté et à la justice de Dieu, puisqu'il est le créateur du genre humain, il établit pour toutes les nations la même loi, dont il prescrivit l'observation selon les temps par lui déterminés, quand, à qui et comme il l'a voulu. En effet, au commencement du monde, il donna sa loi à Adam et à Eve, en leur défendant de

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goûter du fruit de l'arbre planté au milieu du paradis, sous peine de trouver la mort dans la transgression du précepte. Cette loi leur eût suffi si elle avait été respectée. Car dans cette loi donnée à Adam, nous reconnaissons le germe caché de tous les préceptes qui se développèrent ensuite par la loi mosaïque... La loi primordiale donnée à Adam et à Eve dans le paradis est comme la matrice de tous les préceptes de Dieu... Ainsi, dans cette loi générale et primitive dont Dieu avait restreint la teneur au fruit d'un arbre, nous retrouvons implicitement tous les préceptes qui devaient germer en leur temps et produire la loi postérieure ^ »

Cette idée est fort belle, et montre que Tertullien avail bien saisi le caractère d'unité qui éclate dans l'histoire de la religion. Oui, comme il l'établit par une analyse aussi fine que profonde, le décalogue tout entier n'est que le développement de la loi du paradis terrestre, et chacun de ses préceptes se trouve implicitement renfermé dans cette législation primordiale. Si nos premiers parents avaient aimé Dieu de tout leur cœur, ils ji'eussent pas enfreint son ordre. En s'exposant réciproquement au malheur, Eve par sensualité, Adam par une complaisance coupable, ils manquaient tous deux à leurs devoirs envers eux-mêmes et envers le prochain. N'est-ce pas devenir homicide, continue le prêtre de Garthage, que de se priver de l'immortalité f Ne tenaient-ils pas leur existence de Dieu, et dès lors n'était-ce pas transgresser cet autre précepte qui nous ordonne d'honorer les auteurs de nos jours? Certes, ils foulaient aux pieds la loi de la vérité quand ils ajoutaient foi au mensonge du démon; ils désiraient le bien d'autruil; ils se l'appropriaient indûment, lorsque, violant le

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précepte de la tempérance, ils goûtaient furtivement d'un fruit qui ne leur appartenait pas K C'est ainsi que Dieu renfermait à l'avance dans une prescription unique tous les commandements promulgués plus tard sur le Sinaï. L'auteur du traité contre les Juifs aurait pu ajouter, sans dépasser la mesure du vrai, que la loi évangélique, elle aussi, existait en germe dans la loi du paradis terrestre; car l'accomplissement du précepte donné à Adam et à Eve impliquait l'exercice des trois vertus que nous appelons chrétiennes. Par là, Dieu leur demandait un acte de foi dans la véracité de sa parole ; un acte d'espérance relativement à la vie éternelle promise à leur soumission, et un acte de charité consistant en un sacrifice librement accompli par amour pour Celui qui est la source de tout bien et de toute justice. Certes, Messieurs, cet aperçu de Tertullien sur l'ensemble de la législation divine est d'une largeur et d'une fécondité admirables. En montrant le décalogue ramassé dans le précepte adamique comme dans sou gel'me, le premier écrivain de l'Église latine révèle ce coup d'œil philosophique qui le rapproche de saint Augustin. Même pénétration d'esprit lorsqu'il continue à faire l'historique de la révélation divine, pour constater l'existence d'une loi naturelle, non écrite, qui a régi le genre humain depuis Adam jusqu'à Moïse :

« Avant la loi de Moïse, gravée sur des tables de pierre, je soutiens qu'il existait une loi non écrite, comprise naturellement, et observée par nos pères. Gomment Noé aurait-il été trouvé juste, si la justice de la loi naturelle ne l'eût précédé? D'oîi vient qu'Abraham a été regardé comme l'ami de Dieu, sinon par l'équité et la justice de la loi naturelle? Mèlchisé-

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