Multiuubeutia, multirorautia, duriconiia
2. « Inbonitas, iusuavitas, iauxorus, recorporare, repuerascere. »
langue, cette liberté indéfinie de forger des mots ? Tertullien n'est pas plus réservé à l'égard des verbes: pour en composer de nouveaux, il se contentera ici et là de raccourcir ou d'allonger un substantif ; et alors, être vierge s'appellera virgiluiri, être le dernier postumare, être du même temps ou du même âge, contemporari, coœtari. Évidemment, voilà des hardiesses que rien ne justifie. Il ne faut pas, sous prétexte de rendre la phrase plus énergique, lui faire perdre en clarté ce qu'elle gagne en concision. Je n'admire pas davantage des superlatifs tels que pigrissimns et extremissimus. De même, quand l'auteur, suivant la mode de son temps, change les régimes à son gré, prend une particule pour l'autre, construit les prépositions avec des cas qu'elles ne régissent point d'ordinaire, je ne puis voir qu'une source d'obscurité dans ce remaniement arbitraire de la syntaxe. Disons-le sans hésiter, ce sont là de graves défauts, qui n'empêchent pas Tertullien d'être un admirable artiste, mais qui diminuent notablement son mérite d'écrivain. C'est avec raison que Fénelon signalait chez lui « beaucoup de métaphores dures et entortillées, une diction extraordinaire et pleine de faste, dont il ne faut pas se laisser éblouir. » Et longtemps avant l'auteur des Dialogues sur Véloquence, Lactance et saint Jérôme regrettaient cette absence de correction et de politesse dans les écrits du prêtre africain \
Si je ne me trompe, Messieurs, vous comprenez déjà pourquoi le style de Tertullien offre un aspect si étrange à quiconque vient de quitter les auteurs d'Auguste, Les défauts
1. « Tertullianus fuit omni prenere litterarum peritu?, sed iu eloquendo parum facilis et minus comptiis et multiim obscurus fuit. » (Lactauce, Divin inslit., v, i, g 23.) — « Tertullianus creber est in seutentiis.sed difficilis in loqueudo. « (S. Jérôme, Ép. ad Paulin, S8, § în.)
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littéraires de son temps étaient les siens ; et son esprit, enclin à tout exagérer, a renchéri sur eux, plutôt qu'il n'a su les éviter. Et pourtant, ce que nous venons de dire ne suffit point pour caractériser la lanpfue du premier écrivain de l'Église latine. Ce qui frappe .Fattcntion, quand on l'étudié de près, c'est l'usage, je devrais dire l'abus, des mots techniques, surtout en ce qui concerne le droit et la jurisprudence. Vous le savez, le deuxième siècle est par excellence le siècle des légistes. Depuis que Védit perpétuel d'Adrien avait donné à la science du droit une nouvelle importance, les ouATages des grands jurisconsultes formaient la partie la plus saillante de la littérature profane. L'esprit pratique des Romains, si apte à l'intelligence et au maniement des affaires civiles et politiques, s'était porté avec ardeur vers cette branche des connaissances humaines. Déjà Salvius Julianus, Sextus Pomponius et Gajus avaient déployé une grande finesse d'analyse dans le développement de ces matières : et les Commentaire'^ de Gajus, découverts dans leur intégrité parNiebuhr en I8I0. nous offrent, en style clair et relativement assez pur, le modèle qui a servi aux Institutes de Justinien. A ces noms si connus étaient venus s'ajouter les noms plus célèbres encore de Papinien, d'Ulpien et de Julius Paulus, dont les écrits el les décisions formèrent dans la suite la base principale du Digeste ou des Pandectes. Tertullien a été le contemporain de ces hommes qui exercèrent une si grande influence sur leur époque; et si rien ne prouve qu'on doive l'identifier avec le jurisconsulte du même nom et de la même époque, qui figure six fois dans le Digeste, il est du moins certain que ses ouvrages dénotent une connaissance profonde du droit romain. De là ces termes de jurisprudence dont ils sont comme émaillés. Nous avons vu avec quel rare i)onheur il transporte
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l'argument de proscription dans le domaine de la théologie, pour revendiquer la possession des Écritures et de la vraie doctrine en faveur de l'Église catholique. Combien de fois n'emploie-t-il pas les mots action., personne et chose dans le sens que leur donnent les Commentaires de Gajus ? Les Évangiles sont pour lui des pièces juridiques, qu'il appelle des instruments, des digestes \ Dieu met la foi en séquestre, quand il lui assure par ses promesses une sécurité complète. En transportant avec lui notre nature dans le ciel, le Christ nous a donné les arrhes du salut. Si la mort est la solde du péché, la vie éternelle sera une donation de Dieu, donativum Bel. Le rachat de l'humanité a été une mamimission, etc. Ici encore l'on ne saurait méconnaître une certaine affectation dans l'emploi trop fréquent de ces termes, empruntés au droit romain, bien que l'application en soit d'une justesse frappante. En tout cas, ces allusions multipliées au style et aux habitudes de la jurisprudence prêtent à la langue de Tertullien une physionomie très originale.
Enfin, Messieurs, il faut tenir compte d'une dernière raison, lorsqu'on veut expliquer la forme singulière, étrange même, qu'avait prise l'idiome latin entre les mains du prêtre de Cartilage. Nous disions tout à l'heure que Sénèque se plaignait à tort de la pauvreté d'une langue qui avait suffi à l'auteur des Tusculanes. S'il avait eu à exprimer des idées complètement neuves, sa plainte aurait pu être fondée. Telle est, en effet, la situation où se trouvaient les premiers écrivains du christianisme. Quand l'Église vint à se répandre dans l'empire romain, elle y rencontra une langue qui n'était pas faite pour elle; qui, loin d'exprimer sa foi, portait l'empreinte des doc-