Ad Uxorem, ii, c. i
2. On voit égiilemeiit par les paroles do Tertullien qnf , ilans la primitive Éiilise comme de nos jours, le mariage n'était point dissous pour cause d'adultère : il était bien permis, dans ce cas, de quitter la partie coupabli', mais non de se remarier. Telle est encore aujourd'hui la doctrine ou la pratique de l'Église, contrairement au sentiment erroné des Grecs. « Le Seigneur, dit le prêtre de Cartilage, défend le divorce, si ce
LE MARIAGE CHRÉTIEN. 4o
Clovis, encore païen. Mais si l'Église primitive tolérait, en certains cas, de pareils mariages, là oii il n"y avait pas danger de perversion pour la partie fidèle, elle les condamnait, en règle générale, comme une source de conséquences funestes ; et le prêtre africain ne faisait que rendre éloquemment la pensée de tous, lorsqu'il signalait avec sa verve habituelle les inconvénients d'une situation dont le moindre tort est d'affaiblir cette union des cœurs, sans laquelle il n'y a dans le mariage ni bonheur ni dignité :
« Certes, une femme chrétienne qui épouse un idolâtre, ne pourra remplir ses devoirs religieux, ayant à ses côtés un esclave de Satan, fidèle ministre, chargé par son maître d'empêcher la piété et la ferveur des fidèles. Faut-il faire une station? le mari lui donnera de bonne heure rendez-vous aux bains. S'agit-il déjeuner? il commandera un festin pour le même jour. Devez-vous sortir? jamais il n'y aura eu plus d'occupations dans l'intérieur du ménage. Quel est l'époux infidèle qui permettrait à sa femmede visiter nos frères d'une rue à l'autre, et d'entrer dans les réduits les plus misérables ? qui souffrirait qu'elle se levât pour se rendre aux assemblées de nuit, quand le devoir l'exige? qui la verrait d'un œil tranquille s'absenter la nuit aux solennités de Pâques? qui la laisserait, sans concevoir de soupçons, participer au banquet du Seigneur, si décrié parmi les païens? qui trouverait bon qu'elle se glissât dans les cachots pour baiser les chaînes des martyrs, pour laver les pieds des saints, pour leur donner et recevoir d'eux le imiser de paix ? Quel est celui qui ne
n'est clan? le cas d'adultère; encore recommande -t-il départ et d'autre la continence. » Ces dernier? mol?, en restreignant le divorce à la séparation, ÇMoar/ thorxan elcohabitationem,exc\neul formellement un second mariaee.
u> I. Kiiiu: ni; i kis ri i.liln a sa femme.
s'effaroucherait pas du désir luèiiie, de la simple pensée qu'elle aurait d'aller participer aux agapes? Qu'un frère arrive du dehors, «luelle hospitalité Irouvera-t-il dans la maison d'un étranger? S'il laut faire raumône. iîrenier et cellier, tout sera fermé * »
On pouvait opposer à ces raisons si péremptoires et si convaincantes, qu'il y avait des maris païens qui ne gênaient point leurs femmes dans raccomplissement des devoirs delà religion chrétienne. Mais, reprend ïertullien, en s'appuyant sur la discipline du secret, de cette manière vous n'échappez à un péril que pour retomber dans un autre : vous livrez à des profanes 1^ connaissance de nos mystères, que nous dérobons à leurs regards, parce (jue leur imagination grossière les porterait à en dénaturer le sens. De deux choses Tune : ou vous dissimulez vos exercices de piété, par ce motif que votre mari ne les tolérerait pas, ou vous les pratiquez devant lui sans qu'il y mette obstacle ; or ne voyez-vous pas, dans un cas comme dans l'autre, à quels soupçons, à quelles défiances injustes vous ouvrez la porte, ne pouvant ni négliger vos devoirs sans mentir à votre conscience, ni les observer sans fournir un prétexte à la calomnie ?
« Je vous le demande, s'écrie le moraliste chrétien, réussirez-vous à vous cacher, lorsque vous laites sur votre lit ou sur votre corps le signe de la croix, quand vous rejetez l'odeur impure qui arrive vers vous des autels du paganisme, ou que vous vous levez la nuit pour aller prier? Votre mari ne s'imaginera-t-il pas que vous pratiquez quelque opération magique ? Déroberez-vous à ses regards ce que vous prenez en secret avant toute nourriture ? S'il vient à découvrir que