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immodéré de se distinguer et de plaire, voilà l'écueil funeste contre lequel Tertullien voudrait prémunir les chrétiennes de son temps. Ce sujet lui parait d'une importance capitale, et avec raison; car le luxe, porté à ce degré où chacun vise à prendre les marques d'une condition supérieure à la sienne, le luxe des femmes surtout est la ruine des mœurs. Du moment que l'on cède à cet attrait pour des frivolités dangereuses, il devient difficile de comprendre le sérieux de la vie chrétienne; l'esprit de sacrifice fmit par s'éteindre dans une recherche passionnée de soi-même, et la mollesse, suite inévitable de l'affaiblissement du sens moral, ouvre la port à tous les vices. Il n'est pas d'écrivain sérieux qui n'ait condamné cette prodigalité égoïste, dont Texpérience a toujour constaté les funestes résultats \ Déjà, sous l'ancien Testament, les prophètes s*^lèvent avec force contre ces somptueuses bagatelles qui n'alimentent que la vanité, et Isaï n'hésite pas à ranger parmi les causes principales de la décadence de Jérusalem le luxe des femmes, qu'il foudroie dan cette éloquente tirade :
« Le Seigneur a dit : Parce que les filles de Sion s'élèvent avec orgueil, parce qu'elles s'avancent la tête haute, composant leur démarche et provoquant du regard, le Seigneur découvrira leur front superbe et les dépouillera de leur chevelure. Il leur ôtera les magnifiques ornements de leu chaussure, leurs bijoux en forme de croissant, leurs colliers, leurs bracelets, leurs aigrettes, leurs cordons, leurs chaînettes, leurs parfums, leurs pendants d'oreilles, leurs anneaux, les perles qui tombent sur leur front, leurs habits
1. '< L'iucoutiiieucP publii|ue e?t toujours suivie ilu luxe, et elle le suit toujours. .) Montesquieu. Esprit des lois. liv. VU, cliap. xiv.
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si \ari('s, leurs niaiilraux rourts, leurs robes IraîiiaïUes, leurs miroirs, leurs luni([Mes, leurs l)andeletles et leurs voiles. Au lieu de parfums, elles répandront une odeur fétide, une corde sera leur ceinture, une chevelure roulée avec art n'ombragera plus leur tête chauve, un cilice leur servira de vêtement. Quant à vos époux, hlles de Sion, ils tomberont sous le glaive, et les forts périront dans le combat. Alors les portes de Jérusalem gémiront et pleureront, et Jérusalem, désolée, sera couchée par terre \ »
En signalant les suites désastreuses du luxe des femmes, toujours croissant depuis les temps de David et de Salomon, Isaïe était d'autant mieux fondé dans ses invectives, qu'il s'adressait à un peuple agricole et sédentaire, au sein duquel une pareille invasion ne pouvait manquer d'exercer les plus tristes ravages. Là-dessus, les moralistes païens ont trouvé quelquefois un langage aussi énergique que celui des écrivains sacrés. Vous n'ignorez pas à quel degré de corruption était arrivé le peuple romain dans les dernières années de la république et sous les empereurs. Tandis que la simplicité des mœurs primitives avait exclu le divorce pendant plusieurs siècles, le mariage était devenu un marché à terme, qui se répétait dix ou quinze fois dans la vie. L'antique matrone, si respectée aussi longtemps qu'elle abritait sa vertu sous la paisible dignité du foyer domestique, avait abdiqué tout sentiment de pudeur et ne cherchait plus qu'à faire bruit de ses désordres. Il suffit de parcourir la satire de Juvénal contre les femmes de l'époque, pour concevoir une idée de cette dépravation sans pareille dans l'histoire. On a beau vouloir faire la part de l'hyperbole, les renseignements analogues