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Ifaie, III, 16-:2G

LE LUXE ET LA MORALE CHRÉTIENiNE. 39

que fournissent Sénèque, Martial, Suétone et tant d'autres, ne permettent pas le doute sur un débordement de mœurs trop réel. Eh bien, c'est au luxe introduit dans Rome, par suite de la conquête du monde, que le poète attribue en grande partie une décadence devenue générale, et les vers où il s'élève contre cette invasion étrangère ne sont pas les moins beaux que l'inspiration poétique ait fait jaillir de son âme indignée.

« Tu demandes d'où proviennent ces désordres et quelle en est la source? Une humble fortune maintenait jadis la chasteté des femmes latines. Un travail assidu, de longues veilles, des mains endurcies et exercées à filer la laine. Annibal aux portes de Rome, et les maris en sentinelle sur la tour Colline, défendaient leurs modestes demeures des atteintes du vice. Maintenant, nous subissons les maux d'une longue paix : plus formidable que le glaive, la luxure a fondu sur nous et venge l'univers asservi. C'est une affreuse confusion de tous les crimes et de tous les désordres, depuis que Rome a perdu sa noble pauvreté. On a vu passer dans l'enceinte de nos collines, Sybaris, Rhodes, Milet et Tarente, qui, couronnée de roses, s'abreuve de continuelles délices. L'argent, l'infâme argent, a le premier versé dans notre sein les mœurs étrangères ; et le luxe, en détrempant les âmes, a perverti les antiques vertus de Rome \ »

Cest donc avec raison que Tertullien cherchait à préserver les femmes chrétiennes de ces habitudes de luxe et de mollesse dont les fatales conséquences n'avaient pas échappé aux moralistes païens. Les deux traités qu'il écrivit sur ce sujet, aussi grave que délicat, empruntaient une importance parti-

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