‹ TertullienChapitre 31 sur 237 · LE LUXE ET LA MORALE CIIRÉTIENÎNE · texte numérisé non relu

LE LUXE ET LA MORALE CIIRÉTIENÎNE

depuis qu'elle a perdu sa forme première. Mais qu'y a-t-il là que For et l'argent ne partagent avec les matières les plus viles, le fer, l'airain et toutes les autres? Gomme ces métaux, ils sortent de terre, comme eux ils subissent le travail de l'industrie humaine. Rien donc dans leur substance ni dans leur nature qui leur donne plus de noblesse. Dira-t-on que l'or et l'argent doivent leur prééminence à leur utilité? Au contraire, Tavantageest plutôt du côté de l'airain et du fer, qui rendent à l'homme des services plus nombreux, plus nécessaires, et souvent même remplacent l'or et l'argent pour des motifs bien autrement légitimes. Ainsi l'anneau est le fer. Ainsi nous gardons en souvenir de l'antiquité de petits vases d'airain qui servent au boire et au manger. Que l'opulence extravagante de l'or et de l'argent descende jusqu'à des instruments honteux, peu importe : toujours n'est-ce pas avec de l'or qu'on laboure un champ, ni avec des lames d'argent qu'on protège les flancs d'un navire; nul hoyau ne plonge son or dans la terre; aucune cheville d'argent ne consolide nos charpentes. Toutes les nécessités de la vie reposent sur le fer et l'airain. Que dis-je? Ces métaux vaniteux eux-mêmes ne peuvent être arrachés des mines ni forgés pour l'usage de l'homme que par l'énergique assistance de l'airain et du fer. D'(fù vient donc la dignité de ces parvenus pour qu'on les préfère ainsi à leurs frères, leurs égaux en naissance, leurs supérieurs en utilité * ? »

Assurément, Messieurs, tout cela est fort ingénieux; mais, il faut bien en convenir, l'argument de TertuUien ne brille pas autant par la solidité que par la forme piquante dont le spirituel écrivain a su le revêtir. En effet, ses adversaires

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