DeOniatu mulienim, i, i
iV'i iih; i/nii m;. M l•:^i dks ii:m m lis.
pouvaient lui r<'|)li(|U('r : Nous ne jjivlcndous nullement qu'il laillelalxiiirei' nu cIkuiii) avec des inslninients d'or, ni recouvrir les vaisseaux de hiinos d'arj-ont; le ter et l'airain sont des métaux dont nous ne sonfi;eons pas le moins du monde à contester l'utilité, -ni même la supériorité eu égard aux besoins de l'homme : mais avec l'or ou l'argent il devient l'acile de se procurer tout le rest»'. Vous confondez la valeur intrinsèque, qui peut être la même, avec la valeur conventionnelle, (]ui est certainement plus grande d'un côté que de l'antre. Le moraliste africain eût donné plus de force à son raisoimement s'il s'était ét<'n(lu davantage sur la folie qu'il peut y avoir à dépenser l'or et l'argent en vaines futilités, au lieu de les employer à des œuvres vraiment fructueuses pour le bien général. Néanmoins, la comparaison qu'il établit entre les divers métaux renferme un grand fond de vérité, et me parait propre à ramener l'esprit mondain à une appréciation plus saine des choses. Quelle extravagance de se glorifier d'avantages matériels qui, tous réunis, ne valent pas un acte de vertu, ni même un simple mouvement de lai)ensée! Il ne faut rien moins (ju'un prodigieux aveuglement pour déplacer ainsi la véritable grandeur de l'homme, au point de la faire consister en un peu de poussière (pii passe. Ce que Tertullien disait de l'or et de l'argent, il le répfte avec une finesse encore plus mordante à propos des pierres précieuses.
« Que sont ces pierres précieuses qui joignent l'orgueil à l'or, sinon des cailloux, capricieux avortons de la terre, mais ([ui n'ont jamais été nécessaires pour affermir les fondements de nos maisons, élever nos murailles, soutenir nos toits, consolider nos terrasses? Elles ne savent qu'une chose depuis longtemps : bâtir pour un sexe idolâtre de soi-même un
LE LUXE ET LA M OU A LE Cil RÉT I EN.N E. 05
édifice de vanité. Et pourquoi? parce qu'on les polit à grand' peine pour qu'elles brillent, parce qu'on les assortit avec art sous forme de fleurs, parce qu'on les perce avec mille précautions afin qu'elles pendent aux oreilles, et qu'on les enchâsse dans l'or pour qu'elles lui empruntent et lui prêtent de nouvelles séductions. Que le luxe aille pêcher dans les mers de Bretagne ou des Indes ses coquillages renommés, soit; mais ce sont toujours des coquillages qui, pour la saveur, ne valent pas mieux que les plus vulgaires. Ce ne sera pas une raison pour que j'en fasse plus de cas que des pommes de mer. Si ce coquillage nourrit sous son enveloppe je ne sais quelle excroissance, j'y vois un défaut plutôt qu'un titre de gloire. Appelez-la tant qu^il vous plaira du nom de perle, elle ne sera toujours qu'une verrue dure et ronde. On dit qu'il germe sur le front des dragons certaines concrétions pierreuses semblables à celles que l'on trouve dans le cerveau des poissons. En vérité, il ne manquait plus à la femme chrétienne que d'emprunter au serpent ses joyaux. Elle brisera mieux la tête du démon quand elle lui aura dérobé un ornement pour son cou ou pour sa tête elle-même^ ! »
Tertullien conclut de là que ces somptueuses bagatelles ne doivent leur prix qu'à leur qualité de rares ou d'étrangères. Placez-les, ajoute-t-il, dans les pays que nous habitons, tout leur mérite disparait. Cet or que vous tenez en si haute estime, n'est qu'un objet de mépris pour certains peuples, qui vont jusqu'à lier leurs malfaiteurs avec des chaînes de ce métal. Vous faites grand bruit de vos pierreries : les Parthes et les Mèdes les prodiguent comme des matières viles avec une indifférence superbe. Vous étalez avec faste vos tentures