De Ornatu viulievum, i, (i
60 D !•: I.' 0 II N i". >i i; > 1 I» i: s i- 1: m m i: s.
et vos draperios : l;i |>(»iir|trr est plus foinniuiif paniii k's Tyriens que la l>ii(pi(' clicz nous. N'attachez donc pas tant d'importance à ces snperlliiilés, (|ui n*ont aucune valeur par elles-mêmes. Mais non, il sutlit qu'une chose soit rare ou étranjïère pour qu'on brûle de la posséder; et voilà ce qui donne à des riens nn prix fabuli'ux. « On lire un patrimoine immense d'un petit écrin; on étend sur un léger tissu dix mille sesterces; une tête délicate promène des continents et des îles; des revenus considérables pendent à une petite oreille; des sacs gonflés d'or jouent à chaque doigt de la main gauche. 0 ambition du siècle, voilà ta force! Le corps d'une faible femme suffit à porter le poids de tant de trésors ^ »
C'est ainsi que l'austère moraliste faisait le procès au luxe de son temps. Son esprit satirique se sentait à l'aise dans un sujet qui fournit ample matière à l'ironie. S'il fallait juger du succès de sa parole par celui qu'obtiennent sous le même rapport les prédicateurs de notre époque, on ne pourrait que le tenir pour très limité. Je n'ai guère besoin de faire observer que ce léger tissu sur lequel les femmes de Carthage étendaient dix mille sesterces, n'a pas diminué d'ampleur, et qu'encore aujourd'hui il se trouve des têtes délicates qui promènent au milieu de nous le revenu de plusieurs familles. Il ne faut pas s'en étonner : la vanité, comme toutes les passions humaines, ne meurt pas ; toujours combattue, elle se relève sans cesse sous les coups qu'on lui porte. Est-ce une raison pour qu'on ne doive pas la poursuivre sous toutes ses formes ? Pas le moins du monde ; car elle constitue un grave péril pour les mœurs publiques. De nos jours, une école
\. De Ornatu mulierum, i, 9.
LE LUXE ET LA MOKALE CHRÉT lENîS E. 67
d'économistes a pris à tâche de faire l'apologie du luxe, sous prétexte qu'il favorise le développement de la richesse. Il se peut, en effet, que le luxe enrichisse quelques familles ; mais ce qui n'est pas moins certain, c'est qu'il en appauvrit quantité d'autres; et si les femmes l'oublient trop souvent, les maris en savent quelque chose. Montesquieu est vraiment curieux à entendre sur ce chapitre : il bannit sans pitié le luxe des républiques, parce que, dit-il, la vertu leur est nécessaire ; et il l'admet dans les monarchies, par la raison bizarre que les mœurs y sont nécessairement mauvaises *. Le compliment n'est guère flatteur pour les monarchies, qui, par le fait et en dépit de ces antithèses paradoxales, ne peuvent pas plus se passer de vertus que les républiques. En tout cas, l'on ne saurait affirmer plus clairement que le luxe immodéré est une plaie sociale. Je dis, Messieurs, le luxe immodéré; cai* la morale chrétienne ne proscrit nullement les distinctions extérieures ni les commodités de la vie recherchées dans la mesure du juste et de l'honnête. Tertullien lui-même, malgré son penchant à l'exagération, dit au sujet des ornements et des parures ; « Si nous ne pouvons pas nous en passer, du moins mettons-y de la modération^. » Ce que l'Évangile n'admet sous aucun prétexte, c'est l'attachement du cœur à Ces superflu! tés mondaines, la vaine gloire qu'on cherche à tirer d'avantages purement extérieurs, l'oubli de sa condition dans le déploiement d'un faste qui la dépasse, et les intentions coupables qui se cachent sous une recherche de soimême inspirée par le désir de se faire remarquer et de plaire. Car il est rare que le luxe ne mène insensiblement sur la