LE LLXK ET LA MORALE CHKETIE.NNE
OÙ, voulant frapper trop tort, il dépasse le but. Ainsi, il est peu exact de dire que l'homme n'a pas le droit de retoucher ni de perfectionner l'œuvre de la nature ; car l'un de ses titres de j^loire consiste précisément à coopérer avec Di^u à l'achèvement du plan de la création. Voilà une de ces maximes absolues telles qu'il s^en rencontre souvent chez le prêtre de Garthage et dont nous aurions tort de vouloir forcer le sens, pour aboutir à des conclusions que l'auteur eût certainement désavouées. S'il y a de l'hyperbole dans le principe ainsi énoncé sans les restrictions nécessaires, l'application ([u'en fait le moraliste aux mensonges et aux déguisements de la vanité féminine est de toute justesse. La gravité ,chrétienne ne se concilie pas avec ces raffinements de coquetterie, dont le ridicule est le moindre défaut. TertulHen, qui excelle à saisir et à peindre les travers de la sottise humaine, attaque les abus de la cosmétique dans cette apostrophe, où l'indignation et la raillerie se succèdent avec une vivacité de Iraits et un à-propos qu'on ne se lasse pas d'admirer :
« Qu'importent au salut ces fatigues et ces soucis pour orner votre tête '? Quoi ! pas une heure de repos à votre chevelure, tantôt retenue par un Jiœud, tantôt libre du réseau; aujourd'hui rabaissée, demain dressée en l'air; ici captive dans les tresses, là jetée éparse et tlottante avec une négligence affectée. Ailleurs, nouvelle méthode : un énorme amas de cheveux d'emprunt va s'arrondir en bonnet, vaste fourreau dans lequel s'emprisonne la têle ; ou bien il se reportera en arrière pour couvrir le cou. 0 belliqueux attirail ! je m'étonne-ais fort qu'il ne combattit point la loi divine. Personne, a-t-il été dit, ne peut ajouter à sa taille. Et vous,vous ajoutez à votre poids, en accumulant sur votre tête des masses de cheveux que l'on prendrait pour le rond de bosse d'un bou-