‹ TertullienChapitre 37 sur 237 · OE L'OR.NKMENT DES FEMMES · texte numérisé non relu

OE L'OR.NKMENT DES FEMMES

(•lier. Si vous navo/ pas hoiilr de ce fardeau, rougissez du moins de son indignité. Les dépouilles d'une tète étrangère, d'une tète souillée peut-être, d'une tète criminelle et destinée à l'enfer, ah! ne les- arborez pas sur nue tête sainte et chrétienne. Chassez, chassez loin d ini front lil»i'e riiuniilianle servitude de ces parures. En vain travaillez-vous à paraître ornées, en vain employez-vous les artistes les plus habiles à bâtir l'édifice de vos cheveux, Dieu commande que vous soyez voilées. Pourquoi? pour cacher, jimagine, la tête de certaines femmes. Plaise à Dieu qu'au jour du triomphe des chrétiens, il me soit permis, malgré la profondeur de mes misères, de lever mon front au-dessus de vos têtes humiliées! Je verrai si c'est avec la céruse, le Aermillon et h; safran, avec cet ambitieux échafaudage (jue vous sortirez de vos sépulcres ; si c'est ainsi peintes et fardées que les anges vous soulèveront sur les nues, pour aller au devant du Christ. Renoncez donc à des ornements condamnés. Que Dieu vous voie aujourd'hui telles qu'il vous verra un jour'. »

Vous n'ignorez pas, Messieurs, que depuis le deuxième siècle ce thème est devenu fort commun dans l'éloquence sacrée: le luxe des femmes a toujours ouvert au zèle des prédicateurs un champ vaste et trop souvent stérile. Chaque fois «lue des modes nouvelles venaient mettre en péril la modestie et la simplicité des mœurs, la chaire chrétienne faisait entendre ses avertissements, et au besoin ses anathèmes. Certes, s'il est quelqu'un qui ne devrait jamais rester sourd à ce cri d'alarme, ce sont les chefs de famille que de pareilles invasions menacent tout particulièrement. Aussi je ne pense pas qu'un esprit sérieux puisse blâmer des sévérités qui n'ont

De OnialH muUerum, ii.

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d'autre but que de contenir des instincts dangereux dans les limites de la modération. C'est surtout au quinzième et au seizième siècle que les orateurs sacrés se donnaient libre jeu sur une matière qui touche de si près aux intérêts les plus graves de la morale et de la religion. Il est vrai que le caractère et le goût de l'époque leur inspiraient parfois une audace de langage qui choquerait à bon droit des oreilles plus délicates. Gouuiie le latin, le vieux français, dans ses mots, bra* vait l'honnêteté. Menot et Maillard ont pris des licences dont l'esprit du temps s'accommodait sans difficulté, mais qui, de nos jours, n'obtiendraient pas le même succès. Pour vous donner une idée de cette éloquence burlesque, qui ne manquait ni de force ni d'éclat, je citerai le fragment d'un sermon pour le mercredi des cendres, où Valladier, prédicateur très renommé à la cour de Henri IV, reproduit les arguments de Tertullien contre les artifices à l'aide desquels la vanité prétend corriger ou embellir l'œuvre de la nature.

« Glorieux, glorieuses, çà, il faut que je vous mette de la cendre sur la tête. Damoyselles, que faites- vous autre chose avec cet appareil de vanité, qu'une protestation de votre vilité (levant Dieu et devant les hommes, chargeant et adultérant votre poil de cendre et de poudre, plâtrant votre visage de céruse et de fange, vestant tout le corps de soye, qui n'est (fue fiente de vers esclos d'une graine qui n'est que poussière? Et vous ne m'entendez pas ? Voulez-vous voir que tout votre faict n'est qu'orgueil, ambition, superbe, hypocrisie, c'est-àdire cendre et poudre? Vous voulez que je eroye que votre poil est gris: hypocrisie, menterie détestable; ce n'est que poussière, iris de Florence, poudre de Gypre, attisons des sommiers. Vous me voulez faire penser que ce teinct est le vôtre: hypocrisie, inenterie; ce n'est que piastre, ce n'est que

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vermillon et céruse. Vous voulez paraître grande et vous mentez; vous êtes naine; c'est le marchepied de vos patins qui vous hausse; hypocrisie et menterie insupportable. Vous jactez (vantez) votre belle perruque : ô menteuses, ô piperesses, elle est emi^runtëe; ce sont les cheveux de quelque gueuse, même souvent de quelque pendue, que vous avez achetés chez la perruquière. Ces carcans de perles, ces pendants d'oreilles, ces riches enseignes, ces bagues aux doigts, ces bracelets d'or, ces robes de soye, ces rabats de linomple, ces cottes de drap d'or et d'argent, ces tresses, ces roses, ces riches attifets sont beautés de la terre,, et non les vostres qui ne sont que fumier et cloaque d'ordure. Ce sont tous des masques de vos testes, de vos oreilles, de vostre poitrine, de vos mains, de vos bras, de tout vostre corps. Les masques qui couraient ces jours passez les rues ne masquent que le visage, et vous, vous masquez et démentez toutes les parties de vostre corps. Hypocrisie, hypocrisie, imposture horrible, laquelle injurie Dieu, faict honte à la nature, offense les hommes, scandalise les anges et festoyé les diables... 0 piperie irrémédiable de notre chrétienté! Bon Dieu! pourquoy ne vous contentez- vous pas de votre beauté naturelh' .' Tout le reste de cet attelage de vanité n'est que cendre, que boue, que risée et moquerie. Au pied de la lettre, toutes vos piaffes ne sont que poudre : poudre de teste, poudre de visage, poudre de vestement, poudre de gloire, poudre de vanité, poudre d'hypocrisie ^ »

Je ne prétends pas, Messieurs, faire passer ce morceau pour un modèle de style académique; mais l'on y retrouve, sous une forme peu étudiée, l'ironie véhémente que déployait Ter-

1. La Métanéologie sacrée ou sermotift de c.aresme. par André Valladier, Mniien, 1628. in-8.

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tullieu en traitant le même sujet. Au fond, le prédicateur dti seizième siècle se rencontre avec le prêtre de Carlharge pour rappeler que le beau n'a de réalité ni de mérite qu'à la condition d'être vrai. Il ne faudrait pas s'imaginer cependant que l'éloquence chrétienne, tout en blâmant avec force le luxe immodéré, n'a pas su faire à cet égard les réserves nécessaires. Tertullien n'éprouve aucun embarras à reconnaître que l'on doit tenir compte des exigences du rang, de la naissance ou d'une grande fortune. Mais du moins, ajoutel-il, si votre position vous condamne à déployer une certaine pompe, apportez-y les tempéraments que réclame l'humilité chrétienne '. Cette modération vous est d'autant plus facile que votre profession de foi vous éloigne davantage des occasions qui pourraient entraîner au faste et à l'ostentation :

« Car enfin où sont vos motifs pour vous produire avec tant d'apparat, vous que votre genre de vie soustrait aux nécessités qui réclament cet étalage? Les temples des idoles? vous ne les fréquentez pas. Les spectacles? ils vous sont étrangers. Les solennités des Gentils? vous les ignorez. Or, c'est à cause de ces assemblées, c'est pour voir et être vue, ou pour mettre en vente sa pudeur, c'est pour recueillir l'admiration publique que la femme païenne promène cette pompe insolente. Quant à vous, jamais rien qui vous attire hors de vos maisons, sinon des motifs graves et sérieux : un malade à visiter, le saint sacrifice à offrir, la parole de Dieu à entendre. Chacun de ces exercices est une œuvre de sainteté et de modestie. Il ne faut, pour y vaquer, ni vêtement extraordinaire, ni longs apprêts, ni robe flottante. Si des

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