LE LUXE ET LA MOHAI. K CHRÉTIENNE
dont l'usaore ne devient coupable qu'autant qu'il dégénère en abus. Ce point de doctrine se rattache à la question générale des biens de la terre : la richesse, avec toutes les marques qui la distinguent, n'exclut pas l'esprit de détachement, comme aussi il s'en faut beaucoup que la pauvreté l'implique nécessairement. Il y avait là un ensemble de considérations à faire valoir, pour compléter la thèse en lui étant toute apparence d'exagération. Mais, comme nous l'avons vu à propos d'autres sujets, l'esprit tranchant et absolu de TertuUien ne se pliait que difficilement à ces sortes de distinctions, sans lesquelles cependant il est impossible de rester dans la mesure du vrai. Cette remarque laite, je dois ajouter que son rigorisme s'explique jusqu'à un certain point par les conditions exceptionnelles où se trouvait l'Église. Dans ces temps de persécution où chaque instant pouvait devenir pour les fidèles le signal de la plus terrible des épreuves, il s'agissait de déployer une énergie morale qu'un renoncement complet à tout ce qui flatte les sens rendait seul possible. Des parures ou des divertissements qui dans d'autres circonstances n'eussent pas été blâmables, semblaient peu en harmonie avec une époque de deuil et de souffrances où le martyre était le prix de la foi. Il faut bien se rendre compte du caractère et des exigences d'une pareille situation lorsqu'on veut apprécier dans certains cas la morale des Pères. Le principe que Tertullien pose à cette occasion est excellent : « On est mieux protégé contre les choses défendues, quand on sait s'interdire celles qui sont permises ^ » Comment des âmes énervées par des délicatesses mondaines eussent-elles été capables d'un sacrifice qui ne demandait rien moins qu'un courage