‹ TertullienChapitre 42 sur 237 · VINGT-TROISIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-TROISIÈME LEÇON

Opuscule sur le VoUc des Vierges. - Impuitaucf «le cet éciil en raison des principes qui s'y trouvent exposés. — La doctiine chrétienne toujours uue et iuininahle. — Développement île liunières et de sainteté dans l'Église. — ïertullieu, devenu uiontauisle, demande à des révélations paiticulières le progrès qui doit s'ellectuer par le ministère des pasteurs légitimes. — Etat de la question pour le point de disi-ipline discuté en Afrique. — Efforts de Terlullien pour faire introduire un usage contraire à la tradition. — Son éloge de la virginité. — ALliauce de la grâce avec la force dans cet écrivain. — Famille de génit-s chez lesquels se rencontrent ces deux qualités : Dante, Bossuet. - Influence de ïertullieu sur Bossuet. — Le sermon de l'évéque di- Meaux poui- les vêlures, et le traité du prêtre de Garthage sur le Voile des Vierges.

.Messieurs,

En s'élevaut contre le luxe immodéré des femmes, Terlullien avait compris à quel point il importe de maintenir au foyer domestique la modestie et la .simplicité des cœurs. Tandis que le goût de la frivolité éloigne Tàme du devoir, des habitudes plus graves l'y ramènent et Ty concentrent. Cette vigilance à combattre le faste et l'ostentation était siu-tout nécessaire dans les premiers temps de l'Église, où la réforme de la famille ne pouvait s'opérer qu'avec le concours de ses éléments essentiels. On a exagéré quelquefois, dans l'intérêt d'une certaine cause, le rôle des femmes par rapport à l'établissement et à la propagation du christianisme : mais

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si des fantaisies d'artiste lui ont prêté une étendue imaginaire, il serait peu juste de le reniërnier dans des limites trop étroites. Pour transformer le monde, l'Évangile a dû s'adresser à toutes les forces vives de la société, et se servir de leur influence en les pénétrant de la sienne. Dès lors, comment négliger les ressources qu'offrait à la foi naissante cet apostolat intime qui s'impose avec la double au lori té de l'affection et de la vertu ? Le ministère de l'épouse et de la mère, ministère tout de bonté et de douceur, devenait un point d'appui aussi général qu'utile pour la prédication chrétienne. Se priver d'une coopération si efficace, c'eût été méconnaître les conditions naturelles de l'humanité. Mais, pour exercer avec fruit une action que rien ne supplée, il fallait à la femme ce que le paganisme n'avait pas su lui donner, des vertus, une piété solide, le dévouement qu'inspire la foi. De là ces exhortations vives, pressantes, dont l'opuscule de Tertullien sur le luxe nous offre un modèle, et qui avaient pour but d'affaiblir dans les âmes l'attrait des jouissances matérielles pour leur assurer avec l'empire sur elles-mêmes un ascendant plus considérable sur la société.

J'ai dit, Messieurs, qu'une pareille sollicitude empruntait un motif tout particulier à la situation et aux besoins de l'Église primitive : je me hâte d'ajouter qu'elle répond à un intérêt permanent de la religion et de l'humanité. Aujourd'hui, comme dans tous les temps, l'influence religieuse de l'épouse et de la mère est une des bases de l'ordre moral. Nos adversaires l'ont bien compris ; et depuis ces rêveurs qui cherchaient, il y a quelques années, à émanciper la femme du joug de la religion pour l'assujettir à celui des passions, jusqu'aux écrivains qui en ce moment encore proposent pour elle des plans d'éducation plus nationale, selon eux, moins chrétienne

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suivant nous, la haine de l'Église leur a donné à tous assez de clairvoyance pour ne passe méprendre sur les résultats qu'obtiendraient de tels elVorls. En tuanl la piété chez les femmes, l'on ferait de chaque famille un foyer de doute et d'incrédulité; et cette haute influence, d'autant plus forte qu'elle est la première, mettrait au service du njal les ressources dont elle dispose pour le bien. M. de Maistre disait de Voltaire: «Semblable à cet insecte, le fléau des jardins, qui n'adresse ses morsures qu'à la racine des plantes les plus précieuses, Voltaire, avec son aiguillon, ne cesse de piquer les deu\ racines de la société, les femmes et les jeunes gens*. » S'ils n'ont pas liérit'^ de son esprit, les successeurs de ce grand coupable ont du moins su profiter de ses leçons ; ils continuent sans relâche à demander aux séductions du drame et du roman ce qu'ils n'ont pu obtenir jusqu'ici des bouleversements de la socic'té. Mais l'Église, elle aussi, est restée fidèle à ses traditions de vigilance et de sollicitude : elle dirige ses forces du côté vers lequel l'incrédulité porte les siennes ; et tandis que les sophistes travaillent de concert à saper la famille par la base, elle multiplie les institutions qui tendent à la raffermir : elle forme de loin et prépare au foyer domestique les vertus qui devront assurer leur ascendant légitime à l'épouse et à la mère chrétiennes.

Les œuvres morales de Tertullieu prouvent combien ce grave sujet préoccupait le zèle pastoral au deuxième siècle. Rien ne paraissait plus profitable aux intérêts de la religion 6t des bonnes mœurs que de prémunir contre toute atteinte du vice un sexe dont la pudeur et la modestie forment le plus bel ornement. L'Église était jalouse de llionneur de ses

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