Soines de Saïut-Pilersbourg, IV^ Piiiretieu
L'IDÉE CHRÉTIEiXNElDE LA VIRGIMTÉ. 83
vierges, qu'elle pouvait opposer avec confiance à la corruption païenne comme une preuve de sa divinité : elle étendait ses précautions jusqu'à ces choses extérieures qui protègent la vertu en diminuant les occasions du mal. Déjà, du temps de saint Paul, une question relative à la discipline avait divisé l'Église de Gorinthe : les femmes devaient-elles paraître, dans les assemblées du culte, la tête voilée ou découverte ? L'apôtre avait tranché la question dans le premier sens. Mais une difficulté naissait des termes mêmes dont il s'était servi. Fallait-il restreindre la prescription aux témmes mariées, ou bien l'étendre également aux vierges chrétiennes, aux jeunts iilles sorties de l'enfance ? Les Églises de la Grèce et d'autres limitrophes avaient adopté le sentiment le plus rigoureux, tandis que plusieurs Églises en Occident, celle de Garthage en particulier, s'en tenaient à une interprétation moins sévère. Gette différence d'usages fournit à Tertullien l'occasion d'écrire son traité sur les Voiles des Vierges. Vous devinez sans peine quelle opinion va embrasser l'austère moraliste, d'autant plus qu'à l'époque oi^i nous le voyons arrivé, vers l'année 202, il est déjà engagé assez avant dans le puritanisme de Montan. Assurément il lui était permis, dans une question de pure discipline, de préférer telle coutume à une autre ; mais, ce qui excède toute mesure, c'est la réprobation dont il frappe ceux qui ne se rangent pas de son avis* Si donc il fallait juger de celte piè e par l'importance du sujet, elle ne mériterait guère d'attention : et pourtant elle nous présente un vif intérêt, soit par le brillant éloge que l'auteur y fait de la virginité chrétienne, soit à cause des principes auxquels il ramène une question si minime en apparence. Il suffit de rappeler que Bossuet s'en est constam-
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iiiL'iit iiispin- (laiiï> ses scniioiis pour Ips vêt lires et les professions religieuses.
La position de Tertullien, dans le cas dont il s'agit, était assez singnlière. Lui, qui ne cesse d'opposer aux hérétiques l'argument de prescription, comme nous le verrons plus tard, se voit obligé, pour détendre sa cause, d'invoquer un principe qui semble contredire sa thèse de prédilection. Il a contre lui une coutume en faveur de lacjuelle le temps avait prescrit, du moins à Carthage et dans la plus grande partie de l'Occident ; cette coutunje, déjà ancienne, il veut la changer pour y substituer une nouveauté. Gomment dès lors concilier cet esprit de réforme avec le respect de la tradition ? Le cas aurait pu sembler embarrassant à tout autre ; mais l'on ne se ferait pas une idée exacte de la soupkssse du prêtre africain, si l'on s'imaginait qu'un esprit si fertile en ressources fût incapab'e de trouver une ouverture pour échapper au reproche de contradiction. D'abord, il distingue avec autant d'à -propos que de justesse le dogme de la discipline : l'un ne saurait varier ; l'autre est sujette au changement. « La règle de foi, dit-il, est absolument une ; elle seule est immuable et n'admet pas de réforme \ » Là-dessus, il reproduit en grande partie le symbole des apôtres, qui résume en effet, sous une foruK^ plus ou moins explicite, les principales
1. • l{f.i;iil;i liili-i uii.i nmiiiiKi i-sl, soUi imuiMljiiis fl irjflormaliilis. ■> (De Virfjinibus velandis, i.j — Un .lurait tort de s'iniagiut-r qiif Tortullien veut rpstrpiudre rimmutabilité de la rùgle de loi au\ seules vérités qu'il éuuMK'if comuie explicitement contenues dans le symbole des apôtres. Il faudrait supposer, dans ce cas, qu'il tenait pour étrangère à la foi l'exis. tence du Saint-Esprit, dont il ne dit pas un mot dans cet abrégé du symbole. Comment attribuer un pareil sentiment à l'auteur du livre coutre Pravéas? Donc en disant que la règle de foi est immuable, il entend parler de toutes les croyances admises par l'Kglise universelle.
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v('ril('s de la révélation chrétienne. Pourvu que ce principe lie reçoive pas d'atteinte, l'orthodoxie est sauve. Il n'y a d'irrét'orniahle (jue la doctrine ; tout le reste, qui regarde la discipline et la conduite, est susceptible d'amélioration, car l;i tivàce de Dieu aait sans cesse sur les hommes, qu'elle dirige et perlectioune jusqu'à la lin. Certes, l'on ne saurait mieux dir.\ cl cette distinction n'a rien que de conforme à l'enseigncMuent de l'Église. Pour exprimer ce développement de lumières et de sainteté que la doctrine catholique admet sans peine, Tertullien se sert d'une métaphore très juste qu'il em- ])ruuie au règne végétal. Deux siècles plus tard, Vincent de Lériiis rendra la même idée par une image non moins gracieuse, en comparant le progrès dans l'intelligence de la vérité et dans la pratique du devoir, à la croissance de l'homme (|ui parcourt les ditiérents âges de la vie sans cesser de rester un et identi(fue à lui-même \
. « Il faut que tout ait son âge. Rien qui n'attende sa perfection de la durée. Enfin l'Ecclésiaste dit : A chaque chose son temps. A'oyez les créatures ! elle n'arrivent ([ue progressivement à leur maturité. Voici d'abord une graine ; d'elle sort un germe ; du germe un arbuste ; puis les rameaux et le feuillage se fortifient ; enfin l'arbre se montre dans tout son développement : ses bourgeons se gonfient, la fleur se dégage du bourgeon et le fruit naît de la tleur. Ce fruit lui-même, d'al)ord rude et informe pendant quelque temps, croit peu à peu, s'adoucit et acquiert une saveur agréable. Ainsi la justice (car il n'y a qu'un seul et même Dieu pour la justice et les créatures) s'appuya d'abord, dans ses premiers éléments, sur la crainte naturelle de Dieu. Ensuite elle accomplit son enfance