I. Dp Virg. vel., iv
92 si-R i.E vniLK nrs viEi'.r. r.s.
lique qiTi tempère si bien la s<^v(^rit(^ de son caractère. Il redoute pour la vier^'e chrétienne nne distinction extérieure qui l'expose à perdre, par la vaine îïloire, tout le mérite de sa vertu. En se réfncriant sons le voile de la modestie, elle abritera le don divin contre les assauts de l'ennemi. Nous l'avons dit plus d'une foi«, cet écrivain si énerpriqne. si terrible, quand il s'at-'it de ffourmander le vice, devient doux, moelleux, presque caressant lorsqu'il encourase la piété. Non, Tertullien n'est pas seulement, comme on se plaît à l'imaginer, l'homme aux fortes expressions, aux apostrophes foudroyantes, aux controverses passionnées ; c'est encore le mystique qui déploie dans les choses de Dieu et de l'âme une i^râce, une délicatesse exquise: c'est le peintre du sentiment, dont la touche fine ot légère sait exprimer ce que le cœur humain a de tendre; c'est le poète religieux qui célèbre avec enthousiasme la crrandeur et la beauté du sacrifice. Quelle souplesse et quelle suavité de pinceau dans ce portrait de la virfïinité !
" Certes, la virginité, quand elle est véritable, pure, entière, ne redoute rien de plus qu'elle-même. Elle va jusqu'à craindre le regard des femmes, car sesrejjardsà elle sont bien différents. Elle a recours à un voile comme à un casque, à un bouclier qui protècre son bim contre les attaques de la tentation, les traits du scandale, les soupçons, les secrètes médisances, la jalousie, contre l'envie elle-même. Il est chez les païens une opération formidable, la fascination, qui tue parla louançre ou par la vaine aloireV Nous en attribuons quelquefois les effets an démon, dont le propre est de haïr Italien :
1. Pline l'Ancien f.iit allusion h cette pratique païenne dans le pa^snire ?uivaut : < l~irlore et ^leraphiiloie lapiioitent qii'il existe en .\fnque des familles de fascinateurs qni. par leurs louanges, font périr les troupeaux,
L'IDÉE CHRÉTIENNE DR I.A VIRfilIVITÉ. 9:?
quelquefois à Dieu, à qui il appartieut de juger l'oriiueil en élevant les humbles et en abaissant les superbes. La vierge sainte craindra donc, ne fût-ce qu'à titre de fascination, d'un côté, l'ennemi, de l'autre, Dieu ; ici, une malice qui porte envie: là, une lumière qui juge: elle se réjouira de n'être connue que d'elle seule etdeDieu. Tant qu'elle ne sera connue que.de lui. elle aura sagement fermé la porte à toutes les tentations. Qui osera, en effet, fatiguer de ses regards un visage caché, un visage insensible, un visage qui, pour ainsi parler, n'a rien que de triste ? Toutes les mauvaises pensées viendront se briser contre cette sévérité. Elle s^élève au-dessus de son sexe, celle qui voile sa virginité... Ah! revêtez-vous des armes de la pudeur ; élevez autour de vous le rempart de la modestie ; environnez votre personne d'une muraille qui arrête vos propres regards eu éloignant ceux d'autrui. Complétez le vêtement de la femme, pour garder l'état de la vierge. Dérobez à l'œil des hommes quelques-uns de vos avantages naturels, pour ne montrer la vérité qu'à Dieu seul : ou, pour mieux dire, vous ne mentez point en vous regardant comme mariée, car vous êtes l'épouse du Christ. C'est à lui (lue vous avez livré votre chair, à lui que vous avez fiancé la maturité de votre âge. Marchez donc telle que le désire votre époux. C'est le Christ qui veut que les épouses et les fiancées des hommes soient voilées; exigera-t-il moins des siennes^?» Voilà bien ce gracieux langage dont la mystique chrétienne a le secret. Cette candeur d'àme dans une nature si fougueuse est vraiment admirable. Il n'y a que saint Ambroise qui ait su traiter le même sujet avec autant de charme et d'onction.
(lessécliPr les arlires et mourir les eufaut?. >> Pliue, Hist. nat., vu. Cp inodp d'incantation paraît avoir iHw familier à la patrie de Teitnllien. 1. De Virg. vel., xv, xvi.
Ses livres sur la virfïinité sont peut-être le plus beau monumenl que l'éloquenre ait «'levé à une vertu tant de fois célébrée par les Pères de l'Église. C'est moins inie instruction morale (|irun iiymne où l'évêque de Milan apparaît d'un bout à l'autre comme le chantre inspiré de l'amour divin. Rien de plus suave que ce parfum de poésie religieuse à la fois si ardente et si chaste, si idéale et si vraie. Quelle expression inimitable de grâce et de pureté dans les portraits de la sainte Vierge, de sainte Agnès, de sainte Thècle, de la vierge d'AntiocheM On dirait le pinceau de Raphaël avec ces reflets célestes que Fra Angelico appelait sur ses toiles. Plus tard, je l'espère, il nous sera donné d'admirer ensemble ces belles productions de l'éloquence chrétienne au quatrième siècle. Pour le moment, je me bornerai à citer un fragment qui reproduit la pensée de Tertullien sur l'hymen spirituel des vierges aA'ec le Christ.
« Quant à vous, heureuses vierges, s'écrie saint Ambroise, vous ignorez ces pompes du siècle qu'on devrait appeler des tourments plutôt que des ornements. La sainte pudeur embellit votre visage, et la chasteté vous sert de parure. Peu soucieuses d'attirer les regards des hommes, vous ne cherchez pas votre mérite dansce quipeait les tromper. Oui, sans doute, vous avez également votre beauté à cultiver, la beauté de lame, non celle du corps: cette beauté, l'âge ne pourra pas la détruire, ni la mort vous l'enlever, ni aucune maladie la faire décroître. Que Dieu en soit l'unique arbitre, lui qui aime les belles âmes même dans un corps moins beau... Voyez ce que le Saint-Esprit vous apporte en échange de votre foi : la royauté, la richesse, la beauté. La royauté, car vous