De Virgin., lih. I. f.ip. ii: lib. II. cap. IT. m, iv
L'IDÉE CHRÉTIENNE DE LA VIRGINITÉ. 9o
êtes les fiancées d'un roi immortel ; an lieu de vous laisser captiver par l'attrait des voluptés, vous les dominez en reines. La richesse, car de même que l'or éprouvé par le feu en sort plus précieux, le corps d'une vierge consacré au divin Esprit acquiert un accroissement de splendeur. La beauté, car quelle autre pourrait l'emporter en charmes sur celle qui est aimée du roi, agréée par le juge, vouée au Seigneur, consacrée à Dieu, toujours fiancée et toujours vierge, de telle sorte que l'amour conserve ses droits, sans que la pudeur perde les siens ^? »
Sans doute. Messieurs, on s'étonne moins de trouver de pareilles pages dans les écrits de saint Ambroise que dans ceux de Tertullien. L'âme du saint évêque, si tendre et si aimante, s'ouvrait comme d'elle-même aux sentiments les plus doux de la piété chrétienne. Ce qui peut surprendre davantage, c'est de voir un écrivain d'ordinaire si âpre et si rude, se mouvoir avec une aisance parfaite dans ce que le mysticisme a de plus délicat. Mais, comme nous l'avons déjà fait observer, on aurait tort de croire que la force exclut la grâce dans les natures vraiment riches et bien douées. On remarque dans l'histoire des lettres toute une famille de génies chez lesquels la sensibilité a d'autant plus de charme que la vigueur du talent et du caractère semblait devoir la rendre moins vive ou moins fine, sinon l'étouffer entièrement. Tertullien est, à coup sûr, de ce nombre: nul ne l'a surpassé pour la véhémence de la passion oratoire, et peu l'ont égalé dans les effusions plus douces de la poésie mystique. Eh bien, en remontant le cours des siècles, je trouve un homme qui n'a pas de supérieur dans les créations de l'art, et chez lequel